7 septembre 2012

Pour le mariage homosexuel... ?

La question au feu rouge

Diane Savino est sénatrice de l’État de New York. Un jour qu'elle était arrêtée au feu rouge, un homme passe la tête par la fenêtre de sa voiture et lui demande : "Vous êtes sénatrice ?". Il avait remarqué la plaque minéralogique typique des sénateurs aux États-Unis. Elle acquiesce, et il enchaîne : "Le Sénat va bientôt voter un projet de loi sur le marriage gay, non ?". Elle confirme, il lui demande ce qu'elle compte voter, et elle dit qu'elle compte voter pour. "Pourquoi ?", l'interroge-t-il, et elle lui répond : "Parce que le mariage est un droit pour tout adulte consentant". Il reprend : "Mais ça change la définition du mariage".

Elle se met à son tour à poser les questions : "Est-ce que vous savez que la loi nous autorise à nous marier immédiatement, alors que nous venons juste de nous rencontrer, et en pratique, les infrastructures de ce pays nous permettraient de le faire dans les 24h ?". Il acquiesce. "Et pensez-vous que nous soyons prêt pour un tel engagement ?". Il marque une pause avant de répondre : "Je comprends ce que vous voulez dire".

L'anecdote (f)relatée

C'est cette anecdote particulière que la Sénatrice choisira de relater au cours de l'assemblée qui verra le vote pour le mariage homosexuel dans l’État de New-York. Son argument principal est le suivant : le gouvernement ne contrôle pas la qualité d'un mariage, il ne fait pas de discrimination. L’Église, au contraire, peut le faire, parce que c'est une institution privée, et libre à elle de ne pas célébrer ni reconnaître les mariages homosexuels.

C'est probablement le meilleur argument que j'ai entendu jusqu'ici en faveur du mariage homosexuel. Cependant la sénatrice va un peu vite.

Le problème du Kir

La différence sexuelle des conjoints n'a rien à voir avec la qualité du mariage, et tout à voir avec la définition du mariage. La Sénatrice Savino change la question, et ainsi ne répond pas à l'objection de cet homme qui l'interroge. Il n'a pas dit que les homosexuels feraient de mauvais couples, il a dit que le mariage homosexuel, c'était en soi une contradiction. Comme dit mon ami JR, que je remercie pour ses excellentes contributions à cet article (et je vous recommande le sien), un Kir est une boisson qui allie du vin blanc et de la liqueur de cassis. C'est la définition du Kir. Si je ne met que du vin blanc et pas de liqueur de cassis, ce n'est pas un Kir de mauvaise qualité, ce n'est carrément plus un Kir, mais juste du vin blanc.

Un couple, une couple*

Alors pourquoi les gouvernements cherchent-ils à reconnaître officiellement les mariages (outre pour les impôts) ? Une réponse cohérente avec le concept de mariage tel qu'il est défini depuis l'aube de l'humanité, c'est que l'union d'un homme et d'une femme a tendance à donner des enfants, autrement dit le couple est le fondement naturel de la famille, or la famille est l'unité de base de la nation dont le gouvernement a la charge. Il doit donc s'assurer que la famille offre un cadre favorable au développement des enfants, ce qu'il fait par une institution comme le mariage notamment.

Sans possibilité d'adopter ou d'insémination in vitro, a priori (il y a des exceptions), le couple homosexuel n'a donc pas de bonne raison de réclamer à l’État d'être encadré par une telle institution. C'est d'ailleurs pour ça que ces questions sont directement liées à la question du mariage homosexuel. Je te laisse faire tes recherches sur le développement des enfants dans les familles homosexuelles, quant à la FIV, c'est une procédure médicale lourde et conçue pour les gens qui ont des difficultés biologiques à concevoir, malheureusement parfois considérée comme une sorte de "chirurgie esthétique de la procréation", dont on peut user comme on le souhaite. C'est le "pendant ironique" de l'avortement...

Et donc ?

Le fait est que la plupart des gens n'ont pas réfléchi sérieusement à la question du mariage homosexuel, et n'ont pas étudié la question de l'adoption. Ils sont pour ou contre tout en ignorant les logiques en jeu et les implications pratiques. Mais je ne suis pas là pour te dire quoi penser, parce qu'au final, c'est ton choix que tu devras exprimer. Plutôt, j'espère te faire réfléchir à tout ça. Alors je te laisse avec quelques questions :

=> Est-il légitime de réclamer au gouvernement de reconnaître le mariage homosexuel ? Est-il nécessaire d'obtenir une reconnaissance officielle, ou une tolérance neutre serait-elle suffisante ? Est-il important de donner le nom de mariage à l'union homosexuelle ? Dans quelle mesure l'union civile assure-t-elle déjà les droits réclamés par les couples homosexuels ?

=> L'adoption ouverte aux couples homosexuels permettra-t-elle réellement plus d'adoptions ? Y a-t-il plus d'enfants à adopter que de demandes d'adoption ? D'où viennent les enfants adoptés par des couples français ? Comment les agences d'adoption (de France ou d'ailleurs) réagiront-elles à un changement de législation ? Quelle proportion de couples homosexuels seraient à la fois désireux d'adopter et jugés aptes à l'adoption ? Quels critères doit-on retenir pour qu'un couple soit jugé apte à l'adoption ?

Enfin, pour ce qui est des parents célibataires (qui peuvent adopter, et que l'on compare parfois aux couples homosexuels), rappelons-nous que les parents célibataires le sont rarement par choix, et donc qu'ils sont souvent prompts à rechercher et inviter l'influence d'un parent de l'autre sexe dans l'éducation de son enfant. Il faut donc savoir si on peut en dire autant des couples homosexuel.
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* Un couple est un assemblage de deux choses différentes, une couple est un assemblage de deux choses similaires (comme une paire). On pourrait donc dire "une couple homosexuelle"...

3 septembre 2012

L'amalgame ciblé

Rien de tel qu'un début de semaine pour en finir avec les faux raisonnements !

Aujourd'hui, nous verrons l'amalgame ciblé, que les anglais appellent le "Texas sharpshooter", et qui consiste à voir un lien entre des faits ou des données quand il n'y en a pas.

Mais pour mieux comprendre comment on peut se tromper de cette manière, voici à quoi fait référence l'appellation anglaise : il s'agit d'une blague dans laquelle un Texan aurait tiré sur le mur d'une grange pour ensuite peindre des cercles concentriques rouges et blancs autour du trou, comme une cible, et faire croire qu'il avait mis dans le mille.

Un exemple évident, et absurde, est celui du mouchoir anti-girafe. C'est comme un mouchoir normal, sauf qu'il éloigne les girafes. Et depuis que j'en ai mis un chez moi, en Sologne, je n'ai pas vu une seule girafe ! C'est bougrement efficace.

Plus sérieusement (ou presque), on peut par exemple utiliser une méthode (un algorithme, des mots-clefs, etc.) pour montrer que la Bible, le Coran, ou les œuvres de William Shakespeare contiennent un code secret qui révèle... la date de la fin du monde ? la localisation du tombeau de Jésus ? les chiffres du Loto ? Peu importe, mais en tous cas, personne ne s'en est rendu compte jusqu'ici, alors ça vaut le coup d'écrire un livre là-dessus (voire de créer un mouvement). Seulement, cette méthode ne marche pas pour tous les passages, et on évitera bien sûr de considérer les passages qui ne rentrent pas dans le système.

En pratique, ça donne par exemple les soubassements de la théologie du mouvement David et Jonathan, dont les meneurs cherchent des éléments en faveur de l'homosexualité dans la Bible. En plus de contextualiser à tort et à outrance les passages bibliques qui parlent de l'homosexualité et d’interpréter des silences, ils prétendent détecter des codes et des symboles homosexuels dans les textes bibliques, comme dans les vieux films hollywoodiens (notamment dans les westerns). De là, ils trouvent ce qu'ils veulent trouver dans le texte biblique, et déduisent que le roi David et son beau-frère Jonathan étaient un couple d'homosexuels, et donc, que l'homosexualité est acceptable devant Dieu.

31 août 2012

Un témoignage qui décourage

"T'as de la chance d'avoir un témoignage aussi impressionnant. Moi je suis né dans une famille chrétienne, j'ai été élevé dans la foi, j'ai pas eu de changement radical et de grandes épreuves, comme toi...".

Je vais t'en foutre, moi, des témoignages impressionnants. Tu sais toutes les casseroles que je me traine, parce que je n'ai pas été élevé dans la foi, justement ? Est-ce que tu crois que j'hésiterais une seule seconde si je pouvais changer de place avec toi ?

Mais en réalité, la question ne se pose pas. Je suis là où Dieu m'a placé, et je m'en satisfais pleinement, grâce à lui et malgré moi. Et c'est la même chose pour toi. Si mon témoignage te décourage de témoigner, n'oublie pas que tu es une lettre de chair, écrite de la main de Dieu, tout comme moi. Si la force de mon témoignage, c'est la repentance, la force du tien, c'est la bénédiction qui découle de la fidélité à Dieu.

Mais admettons. Tu veux un témoignage comme le mien ? C'est très simple. Mais ça va faire très mal. Être né dans une famille chrétienne et élevé dans la foi ne t'aura pas immunisé contre les effets du péché, on y est tous exposés. Dieu nous révèle au fur et à mesure de notre vie l'ampleur de notre péché, et parallèlement, l'ampleur de son amour et de sa grâce. Ne sois pas pressé, et ne désespère pas.

Parce que si mon témoignage ne reposait que sur un changement radical, alors il ne concernerait que mes premières années de foi, et je vivrais le reste de ma vie chrétienne en radotant la même vieille histoire. Dieu n'est-il pas plus que ça ? Et s'il l'est pour moi, ne l'est-il pas pour toi ?

Si tu crois manquer de repentance, je t'assure que tu ne manqueras certainement pas de sujet de repentance. Demande à Dieu de te briser le cœur par le poids de ton péché - c'est le genre de prière auquel il répond toujours - et tu verras. Demande-lui de te révéler ta plus grande peur, ta plus grande honte, ta plus grande culpabilité, vois comment ça nuit à sa gloire dans ta vie, et travaille ensuite à remettre ça entre ses mains. Entoure-toi de tes amis chrétiens proches, et ensemble, livrez-vous, racontez-vous toute votre vie, sans réserve. Confessez-vous les uns aux autres et priez les uns pour les autres.Tu verras, alors, si ton témoignage n'est pas aussi "impressionnant" que le mien.

27 août 2012

Le plaidoyer émotionnel

Un lundi de plus, un faux raisonnement de moins !

Le plaidoyer émotionnel consiste à argumenter en cherchant à susciter l'émotion plutôt que la réflexion : peur, jalousie, haine, fierté, etc.

Un argument valide peut contenir une dimension émotionnelle (les récents discours électoraux de Jean-Luc Mélenchon et Marine LePen en sont de bons exemples), mais attention : il ne faut pas que l'émotion remplace totalement la logique.