13 août 2012

Composition et division

Sortez vos morts, vos raisonnements morts, qu'on les mette en bière ! Le croque-morts de l'intellect vous les échange contre quelques règles de débat rationnel...

Ce lundi, regardons la règle de composition et division : supposer que ce qui est vrai pour une partie est donc vrai pour d'autres parties, voir pour l'ensemble, est une erreur de logique.

Autrement dit, il n'y a pas forcément de lien automatique entre les parties d'un tout. On peut remarquer que c'est souvent le cas, mais pas toujours. Par exemple, si un chef de service est corrompu, cela ne veut pas dire que ses employés le sont aussi, ou que toute l'entreprise l'est.

Évident ? Et pourtant...

10 août 2012

Mon ami R. et moi

Mon ami R. a grandi dans une famille catholique, il est allé à l'église trois fois par semaine jusqu'à ses 16 ans, puis jusqu'à 19 ans il a continué à y aller le dimanche, il lisait sa Bible, il priait, il faisait ce qu'on lui demandait... et puis il a tout rejeté, et il se trouve bien plus heureux maintenant qu'il peut faire tout ce qu'il veut, il mène sa vie comme il l'entend.

Selon lui, la Bible nous demande de ne pas faire ceci, de ne pas faire cela, bref, de se priver de tout un tas de choses, et de s'astreindre à tout un tas d'autres - elle nous impose des règles, en somme. Et pourquoi ? Parce que des hommes ont écrit que c'était comme ça. Il veut bien croire en Dieu, mais c'est trop dur, et franchement, trop déprimant de vivre sa vie selon la Bible : il préfère encore aller en Enfer.

Le truc, c'est que mon ami R. n'a jamais rencontré Dieu. Il a essayé de suivre les règles de la Bible tout seul, alors que toutes les règles dans la Bible sont là d'abord pour montrer aux hommes qu'ils n'arrivent pas à s'en sortir seuls, qu'ils ont besoin d'aide.

Car aurait-on besoin de la Bible si on savait parfaitement distinguer le bien du mal ?
Et même alors, aurait-on besoin de Dieu si on savait toujours choisir le bien ?

Quand je suis devenu chrétien, j'étais homosexuel. Je savais que ça n'allait pas avec ce que Dieu voulait. Je me suis dit "Tant pis, pas de sexe, après tout Dieu devrait me rendre heureux". Mais un jour, un ami chrétien m'a dit "Tu ne crois pas que si Dieu a créé l'univers, il peut faire quelque chose pour ta sexualité ?". Et c'est vrai, ça : je me contentais de peu. Et j'en souffrais.

Alors j'ai dit à Dieu : "Tu ne veux pas que j'aie de relation sexuelle avec des hommes ? Et bien fais-moi désirer les femmes ! Puisque tu es Dieu, transforme-moi ! Si c'est ta volonté que les hommes aiment les femmes et qu'ils vivent dans la joie, alors agis". Et Dieu a agi. Je lui ai remis tout ça, reconnaissant que j'étais incapable de m'en sortir par moi-même, et il s'est chargé de tout.

Aujourd'hui, je suis encore en chemin, mais depuis cette prière, je suis tombé amoureux d'une femme, et surtout j'ai réalisé que mon attirance pour les hommes venait d'un manque affectif et d'une angoisse identitaire. Si j'avais écouté les media, et les gens "tolérants", j'en serais probablement toujours au même point. Mais grâce à Dieu, je sais qui je suis, et je sais que je ne suis pas homosexuel.

J'ai voulu obéir aveuglément à la règle de Dieu, mais lui m'a ouvert les yeux, sur moi, et sur lui. Parce qu'au fond, Dieu ne veut pas qu'on suive des règles, il veut qu'on vive la vie qu'il a prévu pour nous, la vraie, la bonne vie, en relation avec lui. Et surtout, il nous suffit de demander, selon sa volonté.

Mon ami R., quant à lui, peut bien dire qu'il est libre et heureux, mais s'il se livrait à toi comme il s'est livré à moi, tu saurais qu'il est profondément malheureux, et qu'il cherche à fuir ce malheur en faisant toutes ces choses que Dieu déconseille. Et ça ne l'aide pas beaucoup. Je suis sûr que tu sais de quoi je parle - tu es humain, comme R. et moi, et tu sais comment va la vie.

Si tu veux t'en sortir seul, bonne chance, et surtout bon courage ! Mais sinon, si tu es fatigué, si tu commences à désespérer, il est temps de demander un peu d'aide à celui qui peut te changer de l'intérieur.

6 août 2012

L'argument de la nature

Un lundi de plus, et un faux raisonnement de moins !

L'argument de la nature, variante de l'argument d'autorité, consiste à affirmer que, parce que quelque chose est présent dans la nature, c'est donc valide, justifié, inévitable ou idéal.

Mais, avec ce genre de raisonnement, le viol et le meurtre sont "naturels".

3 août 2012

Le scientifique : un croyant comme un autre ?

Le discours scientifique se veut objectif et neutre, et se positionne ainsi au-dessus de tous les autres discours, prétendant servir de référence pour les évaluer - et notamment pour qualifier le discours théologique d'irrationnel. Cependant, tout discours procède d'engagements et de croyances qui sont religieux par nature. Aucun discours "scientifique" (science naturelle ou science sociale) ne peut simplement exposer les faits réels auxquels la théologie doit se soumettre; en fait, tout discours est, d'une certaine manière, religieux.

Qu'on soit naturaliste, athée, bouddhiste ou chrétien, on voit le monde à travers une grille d'interprétation, et la structure cette grille d'interprétation est religieuse par nature, même si elle n'est pas liée à une institution religieuse particulière. La vision du monde de chaque personne ou groupe de personnes, de chaque discipline, est donc toujours religieuse, même celle de la science moderne.

Peut-on en douter ? Quand elle doit se légitimer auprès des masses, la science moderne ne peut faire autrement que d'en appeler non pas à la science elle-même (par des faits et des propositions), mais à un récit épique - car quoi de plus épique que l'Origine des Espèces, la Théorie du Big Bang, ou la Lutte des Classes ? Toute vision du monde s'établit à partir d'une épopée, que ce soit le récit biblique, marxiste, ou scientifique.

Ce retour au mythe fondateur est inévitable. Et alors même que les scientifiques dénigrent les "fables" religieuses, ils sont pourtant les premiers à tenter de médiatiser une épopée historique de l'univers et de l'humain. Les belles images des reconstitutions télévisées en témoignent, et c'est cela qui gagne l'assentiment les masses bien plus que la probité de la science moderne (que je ne remets pas en question), parce que c'est en s'inscrivant dans ces récits qu'on comprend notre expérience et le monde qui nous entoure - ils nous communiquent une identité, des valeurs, un sens.

Un scientifique n'est pas purement un savant; un scientifique, comme tout être humain, est un croyant.