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30 août 2013

La "voie de la moindre résistance" ?

Le célèbre auteur britannique Samuel Butler écrivit dans ses notes une phrase qui fut souvent reprise : "La croyance, comme tout autre entité mobile, suit la voie de la moindre résistance". On la retrouve notamment dans la bouche du protagoniste de Match Point (de Woody Allen) : "Je crois que la foi est la voie de la moindre résistance".

J'aborderai cette question un autre jour, aujourd'hui je voudrais expliquer pourquoi cette phrase résume si bien la vision Française de la foi, et notamment de la foi chrétienne, et pourquoi la notion de résistance est si importante dans l'imaginaire français. J'ajouterai - si tu es prêt à l'entendre sans t'en offenser - que la résistance n'est et n'a toujours été, par définition, que le fait d'une minorité... tout simplement parce que la majorité ne résiste pas, elle impose.

La Résistance

La Révolution, c'est la France, c'est la République, c'est la Liberté, c'est la Déclaration des Droits de l'Homme, c'est l'athéisme républicain-démocrate humaniste et humanitaire, c'est l'ennemi de toute religion, de toute dictature, de toute restriction. C'est donc toute Résistance. On comprend mieux pourquoi la foi est vue comme une reddition morale et intellectuelle, voire une collaboration.

Après l'assaut spirituel de la IIIe République, les deux grandes guerres mettent en scène un nouvel ennemi ancestral auquel résister : l'Occupant illégitime, qui prend souvent la forme de l'Empire - depuis les Romains qui ont occupé la Gaule (car "Nos ancêtres les Gaulois" sont les seuls qu'on reconnaisse, exit les Celtes et autres) jusqu'au Reich Nazi; plus tard on s'opposera à l'insupportable impérialisme des États-Unis et à leur occupation économique de la France (et militaire de l'Iraq). 

Évidemment, lorsque Napoléon occupait la moitié de l'Europe, ou que l'empire colonial Français lui assurait la première place mondiale, c'était différent. Ben oui, parce que nous, on est les gentils, et on est le peuple élu, c'est normal qu'on domine le monde. Vous reprendrez bien un peu d'universalisme ?

La Résistance, c'est une Révolution en puissance, et c'est même une Révélation : Henri Frenay, le "1er Résistant de France" pendant l'occupation, écrivait que "les hommes que la Résistance a révélés à eux-mêmes" forment "une aristocratie nouvelle du courage et de la volonté" (journal Combat du 25 décembre 1942). L'esprit de la Révolution/Résistance/République n'est autre que l'esprit de l'humanité, mais qui se dévoile d'abord et avant tout chez le peuple Français : le französich Volkgeist a vocation de Weltgeist.

La vérité est ailleurs

Et pourtant, la sacralisation de la Résistance française pendant la seconde guerre n'est qu'une mystification de plus : entre 1940 et 1945 à peine 2% des Français rejoignent la Résistance (auxquels ont peu ajouter 10% de sympathisants), face à 2% également de collaborationnistes (et auxquels ont peu ajouter une estimation de 10% de collaborateurs passifs et dénonciateurs anonymes). Le reste demeure... en attente, même lors de la Libération, ils ont apparemment d'autres chats à fouetter; la palme de la résistance reviendrait plutôt aux Russes. Quelques citations à l'appui :

"Je vais être très dur. Mon beau régiment de cavalerie, quand il a débarqué à Saint Tropez et qu'ensuite il a remonté toute la France pour s'arrêter en panne d'essence en Haute Saône, il pouvait recruter à chaque étape, il avait le droit. Nous avons recruté trois Français. Ils ne voulaient pas venir. On leur disait : - Mais ce n'est pas terminé. Ils répondaient : - Ah, mais nous avons des choses à régler localement. Je n'ai pas eu de mon pays une idée très haute, et puis je n'ai plus fait attention. Je me suis dit : nous irons en Allemagne, nous irons en Autriche, et tant pis pour eux.

- propos de Michel Jobert, rapportés par Ahmed El Maânouni dans Les Goumiers Marocains, 1992.


"Sur les 53 000 Forces Françaises Libres (chiffre maximum à la dissolution des FFL à l'été 1943), on compte environ 32 000 « coloniaux », qui ne sont pas citoyens français en 1940, 16 000 Français et environ 5 000 étrangers (...). Sans goût excessif du paradoxe, on peut affirmer que la majorité des  « Français » libres qui ont sauvé l'honneur du pays en 1940 ne sont pas des citoyens français."

- François Bloche, La France au combat: de l'appel du 18 juin à la victoire, 2004.


"Au total, à l'automne de 1944, la France finira par disposer d'une armée effective de 250 000 hommes composée pour moitié d'éléments indigènes, Maghrébins, Africains et pour moitié d'Européens d'Afrique du Nord."

- Philippe Masson, L'homme en guerre, 1901-2001: de la Marne à Sarajev, 1997.


"Il y a soixante ans, 57 % des Français considéraient l’URSS comme le principal vainqueur de la guerre. En 2004, ils n’étaient plus que 20 %. Amplifié par les médias, cet oubli progressif du rôle de Moscou tient aussi aux polémiques sur la politique de Staline entre 1939 et juin 1941, que des travaux historiques récents éclairent d’un jour nouveau. Mais, quoi qu’on pense du pacte germano-soviétique, comment nier que, trois ans durant, les Russes ont porté une grande partie de la résistance, puis de la contre-offensive face à la Wehrmacht ? Au prix de 20 millions de morts. [...] Si, en 1917-1918, le Reich fut défait à l’Ouest, et surtout par l’armée française, de 1943 à 1945, il le fut à l’Est et par l’Armée rouge."

- Annie Lacroix-Riz, L'Union soviétique par pertes et profits, Le Monde Diplomatique, 2005.

23 août 2013

La République spirituelle

En 2010, suite à la publication de son livre "Une religion pour la République", l'historien et philosophe socialiste Vincent Peillon, actuel ministre de l’Éducation, accorde une interview à Camille tassel, du magazine Le Monde des religions. Sujet : l'origine, la forme et le fond de la laïcité, et notamment le rôle de la IIIe République qui voulait convertir chaque élève en « Christ républicain ». Extraits choisis :

La IIIe République est-elle spirituelle ?


Quelle est cette religion de la laïcité ?



Quelle est la foi laïque du "Christ Républicain" ?

  

10 juin 2013

Homoparentalité, Bible et Société

Comme promis, voici un dossier sur les questions qui continuent d'être d'actualité.

Deux remarques, simplement :

1. La loi autorisant le mariage des couples de même sexe est passée suite à un vote des représentants du peuple français. Que l'on soit d'accord ou non, on ne peut pas crier à la dictature à cause de ce simple fait : c'est un principe démocratique (libre à vous de remettre en cause la démocratie - ou sa version à la française - mais ne vous trompez pas de combat). La seule critique viable doit concerner les procédures de vote.

2. Pour autant, tout n'est pas joué. Si les couples mariés peuvent désormais accéder à l'adoption, cela va en très grande majorité concerner les couples dont l'un des deux parents est déjà le parent biologique de l'enfant, auquel cas son conjoint acquièrera le droit de le représenter légalement. Ces enfants auraient de toutes manières été élevés dans des foyers homoparentaux. Par contre, la question de la Procréation Médicalement Assistée n'est pas encore décidée, et c'est sur ce point qu'il faut s'informer et mener le débat.

Sur ce, je ne vous fais pas attendre plus longtemps. Bonne lecture ! (dernière version mise en ligne le 10/06/13 à 19:55).

7 juin 2013

La Bible, pour la peine de mort ?

Si on croit que Dieu a inclus dans sa loi la peine de mort, peut-on prétendre que c'est une punition injuste ? Et l'esclavage ? Devrait-on, en bon chrétien, militer pour leur rétablissement ? Car la même loi qui a organisé le peuple d'Israël pendant des millénaires  avec ces choses est celle dont Jésus déclare "Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi  et les prophètes, je suis venu non pour les abolir mais pour les accomplir. En vérité, je vous le dis, jusqu'à ce que la terre et les cieux disparaissent, pas un iota, pas une virgule ne disparaîtront de la loi, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie" (Mt.5:18).

Certains milieux chrétiens débattent de la peine de mort. Outre le fait que la loi humaine ait pour visée la limitation du péché (plutôt que l'établissement du Royaume de Dieu), il y a deux aspects à considérer : la justice et l'utilité. On a tendance à ne plus se poser que la question de l'utilité, or la mort ne sert manifestement ni à réinsérer le coupable, ni à dissuader les criminels potentiels (car les crimes qu'on punirait de mort relèvent de pulsions irraisonnées ou qui défient les risques encourus). Au mieux, la mort d'un dangereux multi-récidiviste permettrait de protéger la société, mais on a trouvé un autre moyen : la prison à perpétuité.

Pourtant, dans la Loi donnée par Dieu, il n'y avait pas d'emprisonnement, seulement l'amende et la peine capitale. Le principe est qu'il doit y avoir réparation équivalente pour tout crime, et quand on ne peut pas réparer, on doit mourir. L'utilité est déterminée par la réparation, et la justice par l'équivalence (la fameuse "Loi du Talion").

Ainsi on peut - on doit - se demander : est-ce qu'une condamnation à vie, ou même de plusieurs dizaines d'années, dans le système carcéral est juste et utile ? Les peines sont-elles équivalentes aux crimes, et permettent-elles d'en réparer les dommages ?

A ton avis ?

La mort n'est-elle pas une juste punition pour qui a commis l'irréparable ? Pourtant, du point de vue biblique, nous avons tous commis l'irréparable, et nous méritons donc tous la mort. Comment donc s'appuyer sur la Bible pour condamner autrui sans se condamner soi-même ? Jésus est mort pour que nous ne mourrions pas, alors même que nous étions encore rebelles à sa loi, et si nous nous réclamons de son Royaume, nous devons suivre son exemple.

Comment mourir soi-même afin que d'autres ne meurent pas, même s'ils sont encore rebelles à la loi ? Par la compassion, par exemple. Accomplir des actes d'amour qui nous coûtent et le faire pour Dieu et les autres, plutôt que pour soi, c'est un sacrifice, une petite mort qui fait du bien. Aller rendre visite aux prisonniers, par exemple. Mais plus généralement, supporter le coût d'une transition vers un meilleur système judiciaire pourrait être un bon début.

Allons plus loin. S'il faut exclure la mort et la prison, deux concepts de cette Loi divine demeurent utiles : le pardon et  l'esclavage.

Pour le pardon, cela permet à la personne lésée d'accepter par compassion une punition moindre du coupable (par exemple une amende au lieu de la peine de mort, ou une amende moindre au lieu d'une amende dont l'autre ne pourra jamais s'acquitter). Peut-être pourrait-on envisager des procédures similaires ?

Pour l'esclavage... en réalité ce mot est inadéquat, et n'a rien à voir avec la traite des noirs ou l'esclavage Romain. Dans la Bible, il s'agit d'une possibilité de se mettre au service d'autrui lorsqu'on n'a pas d'autre moyen de gagner sa vie ou de rembourser une dette, et c'est un emploi encadré par des droits qui protègent le serviteur. On demeure l'égal de son maître en dignité, mais pas en droits et devoirs.

En termes contemporains, cela ressemble aux travaux d'intérêt général, mais on pourrait l'étendre à des travaux d'intérêt particulier. La Suède, championne des peines alternatives, a justement mis en place une sorte de bagne moderne, des villages de détention et de travail pour les crimes les moins graves, ce qui permet de désengorger les prisons tout en rétablissant les principes d'équivalence et de réparation. Ces villages sont semi-ouverts, ce qui permet aux détenus de profiter d'une certaine liberté et à la famille de ces derniers de venir leur rendre visite. Certainement une piste à suivre...

12 avril 2013

Culture et religion

Je le disais dans mon dernière article, le culte fonde la culture. Je ne suis pas le premier à avancer cette idée : le philosophe et théologien allemand Paul Tillich disait que "La religion est l'essence de la culture, et la culture est la forme de la religion", et  le poète et dramaturge américain T.S. Eliot que la culture est "l'incarnation de la religion" d'un peuple, c'est sa religion vécue.

Ceci va à l'encontre de ce présupposé très répandu à notre époque qui est que les religions ne sont qu'une projection de l'esprit, une tentative de manipuler la réalité par la magie, où l'homme crée des dieux à son image. Ironiquement, c'est exactement ce que reprochent les prophètes de la Bible à ceux qui rendent un culte à des divinités païennes plutôt qu'au seul vrai Dieu. Autrement dit, ce que notre génération athée pense des religions, c'est ce que Dieu pense des fausses religions.

La religion ne peut pas être qu'un moyen d'expression culturelle comme un autre. Cela, parce que si l'homme est culturel par nature, et en partie le produit de sa culture, il contribue également à la créer, et en cela il la dépasse, or il ne peut pas dépasser sa foi de la même manière. La foi religieuse, celle qui relie l'homme à l'absolu, à l'éternel, au transcendant, constitue le fond; la culture et le culte manifeste en sont la forme. Et  l'influence de la culture sur la manifestation cultuelle ne revèle rien de leur hiérarchie (car corrélation n'est pas cause).

Sécularisation ? En Europe, depuis l'époque moderne, les fondements judéo-chrétiens s'estompent. En France particulièrement, cela passe par le biais de la laïcité - qui ne devrait être qu'une séparation entre l'Eglise et l'Etat, mais qui dans les faits vise à déconnecter la culture Française de la religion chrétienne. Et comme on ne peut déconnecter une culture de son culte sans la fonder sur un autre, à la place notre gouvernement choisit pour nous un fondement principalement matérialiste (mais qui peut basculer vers le panthéisme sans difficulté).

En effet, il n'y a pas de culture vraiment sécularisée, c'est-à-dire neutre du point de vue moral et religieux. L'être humain est moral et religieux, sa culture l'est donc nécessairement - même le Communisme et le Nazisme avaient leurs dieux et leurs diables, leur salut et leur péché, leurs prêtres et leurs liturgies, leur paradis et leur enfer.

On retrouve encore une fois cela dans la Bible, où la vraie religion est définie comme la relation spirituelle avec Dieu (positive ou négative). L'observance cultuelle n'est que manifestation externe de cette dernière. Ainsi la religion détermine la forme de la culture et celle du culte.

Regardons notre culture : quelle religion révèle-t-elle ? Une piste serait l'individuo-globalisme. A défaut d'un nom plus élégant, c'est en tous cas ainsi que le sociologue des religions Raphaël Liogier l'a baptisée, désignant la recherche d'un épanouissement personnel (culte du corps, de l'apparence physique et du bien-être) qui passe nécessairement par la prise de conscience d'enjeux planétaires : écologie, humanitaire, diversité inter-culturelle, Internet, développement durable...

L'individu côtoie la planète. Il n'y a plus d'intermédiaire - famille, culture, religion institutionnalisée, patrie, tout cela est arrondi à l'inférieur ou au supérieur. Va-t-on se retrouver comme Atlas à porter le poids du monde sur nos épaules ? Et tentera-t-on de s'en débarrasser de la même manière ? L'histoire nous enseigne que ça ne marchera pas... Qui viendra prendre notre place ?

22 février 2013

Aime l'homosexuel, hais l'homosexualité... ?

Mon ami Sam P-L (qui blogue à La Rebellution) m'a indiqué ce compte-rendu de discussion entre Peter Kreeft et un de ses professeurs homosexuels, qui remettait en question le dicton chrétien "Aime le pécheur, hais le péché".

Si vous avez suivi mes articles sur les faux raisonnements, vous pourrez vous amuser à relever quelques erreurs de part et d'autre.

Cependant ici, si Peter Kreeft cherche d'abord à réfuter l'argumentation de son professeur, il finit par comprendre son point de vue, et vous verrez que la perspective d'un homosexuel sur le sujet a de quoi nous faire réfléchir. Voici la discussion telle qu'il la rapporte :

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Mon professeur à l'Université de Boston était un activiste homosexuel réfléchi et il prétendait que "Catholique" et "Gay" étaient tout aussi compatibles que "café" et "croissant"*. J'estimais cet homme pour sa clarté intellectuelle, pour son intelligence, pour l'ouverture et l'apparente bonne volonté de son coeur, ainsi j'espérais qu'une conversation avec lui pourrait ouvrir et éclairer nos esprits à chacun, et qu'on en retire quelque chose de nouveau (ce qui n'arrive presque jamais quand un homosexuel débat avec un chrétien à ce sujet).

Je n'ai pas été déçu.

Je vais essayer de restituer notre dialogue avec le moins d'ajouts et de vernis possible, tout comme j'aime à croire que Platon à fait pour Socrate dans ses premier dialogues. A des fins d'anonymat, j'appellerai mon interlocuteur "Art".

PETER: Art, je m'intéresse beaucoup à un élément de ton argumentation, un élément que je ne comprends tout simplement pas. Et je crois qu'il est bon d'écouter avant de débattre, comme tu dis le faire toi-même. Alors pour commencer je ne veux pas débattre, ce n'est pas le but de ma question, mais avant tout écouter et comprendre. D'accord ?

ART: Bien sûr. Quel est l'élement que tu ne comprends pas ?

PETER: Et bien, pour te t'expliquer ça, il faut d'abord que je te demande d'écouter aussi, pour que tu connaisses mon arrière-plan.

ART: Et quel est-il ?

PETER: Les enseignements de la Bible et de l'Eglise*, tous sans exception. Je sais que tu ne crois pas à tous ces enseignements, seulement certains d'entre eux. Mais c'est le cas pour moi. Alors de mon point de vue, ce que tu fais, ce que tu justifies, est un péché. C'est cette étiquette que tu rejettes, n'est-ce pas ?

ART: En effet. Alors qu'est-ce que tu ne comprends pas ?

PETER: S'il te plaît, ne le prends pas personnellement - ou même comme un argument - mais je ne sais pas comment exprimer ce que je vais dire autrement qu'avec un langage biblique, que tu trouveras probablement offensant. Voici ma question : Pourquoi est-ce que vous, les homosexuels, la seule catégorie de pécheurs qui non seulement niez que votre péché soit un péché, mais en plus qui insistez pour vous identifier à ce péché ? Nous sommes tous des pécheurs, d'une manière ou d'une autre, et je ne suppose pas que tes péchés soient pires que les miens, mais au moins je pense que je suis plus que mes péchés, quels qu'ils soient. J'aime le pécheur mais je hais le péché. Mais pas toi, je me trompe ?

ART: Non, en effet. Ce que je hais, c'est cette distinction hypocrite.

PETER: Pourquoi ?

ART: Parce que quand tu t'en prends à l'homosexualité, tu t'en prends aux homosexuels. C'est aussi simple que ça.

PETER: Mais les alcooliques ne disent pas que l'Eglise s'en prend à eux quand elle s'en prend à l'alcoolisme. Et les lâches ne disent pas qu'ils sont leur lâcheté. Et les meurtriers ne disent pas que l'Eglise est hypocrite quand elle condamne leurs actes mais pas eux, les pécheurs. Les personnes qui commentent l'adultère ne nient pas la distinction entre la personne et son acte. Le seule groupe de pécheurs que j'aie jamais entendu faire ça, c'est vous. Et j'ai l'impression que vous faites tous ça, que vous dites tout le temps ça. Tous les homosexuels disent ça, n'est-ce pas ?

ART: Oui, nous le faisons tous. Et je te pardonne d'être si insensible que tu ne te rends pas compte que tu viens tout juste de faire ce que tu prétends que l'Eglise ne fait pas : m'insulter et me rejeter moi, et non simplement ce que je fais.

PETER: Attends une seconde ! Tu es en train de me dire que quand je fais cette distinction entre ce que tu es et ce que tu fais, quand j'accepte que tu es distinct de ce que tu fais, je rejette ce que tu es ? Comment est-ce que je peux rejeter ce que tu es en acceptant ce que tu es ?

ART: C'est exactement ce que tu fais. En fait, tu essayes de me tuer.

PETER: Quoi ? C'est complètement dingue. Tu es parano, c'est tout.

ART: Non, écoute : quand tu essayes de séparer ce que je fais de ce que je suis, tu essayes de séparer mon corps de mon âme, ma vie sexuelle de mon identité. C'est ce que tu fais en insistant sur cette distinction. Ta distinction entre ce que tu appelles le "pécheur" et le "péché", en fait, c'est la mort pour moi; c'est la séparation du corps et de l'âme, des actes et de l'identité. Je maintiens les deux ensemble, tu essayes de les séparer, et ça, ça entraine la mort.

PETER: C'est digne d'un sophisme. C'est un argument qui ne correspond tout simplement pas aux faits. Regarde les faits plutôt que le débat. Voici ce que l’Église croit à ton sujet, ce que je crois à ton sujet : tu peux être un saint ! Tu as une dignité. L'Église t'estime plus que tu ne t'estimes toi-même. Elle t'aime plus que tu ne t'aimes toi-même; et c'est pour ça qu'elle hait les péchés que tu commets contre toi-même. Nous croyons que tu es plus grand que tes actes, quels qu'ils soient. Mais tu ne crois pas ça.

ART: L'Église et la Bible me disent que je suis une abomination pour Dieu.

PETER: Non ! Pas dans ta personne, seulement dans tes péchés, comme nous aussi, comme nous tous. C'est ce que Dieu dit en Romains chapitre 1. Il condamne la condamnation hypocrite des païens homosexuels par des Juifs hétérosexuels tout autant qu'il condamne l'homosexualité des païens.

ART: L'Église est mon ennemie.

PETER: L'Église est ton amie. Parce que l'Église nous dit deux choses à ton sujet, et non pas une seulement, et elle ne changera jamais ni l'une ni l'autre, elle ne peut changer ni l'une ni l'autre, parce que ces deux choses relèvent d'une loi naturelle immuable, fondée sur une loi éternelle, fondée sur la nature même de Dieu.
Elle ne pourra jamais dire que ce que tu fais est bon tout comme elle ne pourra jamais dire que ce que tu es est mauvais. Elle défend ton être de manière aussi absolue qu'elle s'en prend à ton style de vie; elle hait le cancer parce qu'elle aime ton corps. C'est la même autorité pour les deux choses. L'autorité que tu hais quand elle condamne ce que tu fais est ta seule alliée fiable pour défendre ce que tu es.
Tu veux que l'Eglise change son enseignement sur ce que tu fais, et tu cherches à mettre une pression sociale sur elle pour qu'elle le fasse, mais si elle faisait ça, alors elle pourrait aussi changer son enseignement sur ce que tu es également, pour la même raison, à cause de la pression sociale.
Je suis certain que tu sais que la vieille pression sociale qui voulait qu'on haïsse les homosexuels est loin d'avoir disparu. Tu sais ce qui est arrivé dans l'Allemagne d'Hitler. Tu sais comme l'humanité est volubile et influençable, et à quel point elle peut se révéler dangereuse. Quand le dernier bastion d'une loi morale absolue sera compromise, quand même l'Eglise pliera sous le poids de la pression sociale, quel refuge auras-tu alors ?

ART: Ce n'est pas la Gauche mais la Droite qui m'inquiète.

PETER: Aujourd'hui, peut-être, mais demain ? Aujourd'hui la mode c'est d'être à gauche, mais il y a peu la mode c'était d'être à droite, et demain ça pourrait retourner à droite, comme un pendule. Tu ne peux pas compter sur des opinions à la mode pour te protéger. C'est construire des châteaux de sable. Les marées finissent toujours par changer et les renverser.

ART: Merci, mais je tente ma chance. Je ne sais pas ce qui adviendra à l'avenir, je te l'accorde. Mais je sais ce qui se passe maintenant, et je ne peux pas accepter ça. Nous ne pouvons tout simplement pas accepter votre distinction à la "aime le pécheur, hais le péché". Nous savons au moins ça.

PETER: Tu ne m'as toujours pas expliqué pourquoi. J'ai commencé par poser une question, et je veux vraiment une réponse. Je veux comprendre ce qui se passe dans ton esprit.

ART: D'accord, je crois que je peux te l'expliquer. Tu dis que je ne devrais pas me sentir menacé par cette distinction, pas vrai ?

PETER: Oui.

ART: Tu dis que l'Église dit qu'elle m'aime, bien qu'elle haïsse ce que je fais, c'est ça ?

PETER: Oui.

ART: Et bien, imagine que la situation soit inversée. Imagine que ce soit vous, la minorité. Imagine que ce que vous vouliez faire, c'est avoir des églises et des sacrements et des Bibles et des prières, et que ceux qui sont au pouvoir vous disent : "Nous haïssons ça. Nous haïssons ce que vous faites. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous empêcher de faire ce que vous faites. Mais nous vous aimons. Nous aimons ce que vous êtes. Nous aimons les chrétiens, simplement nous haïssons le Christianisme. Nous aimons ceux qui rendent un culte, simplement nous haïssons le fait de rendre un culte". Et nous allons vous mettre toute la pression possible pour que vous ayez honte de rendre un culte et vous faire vous repentir de votre péché. Mais nous vous aimons. Nous affirmons votre dignité en tant qu'être. Simplement, nous rejetons l'indignité de votre pratique."
Dis-moi, comment tu réagirais à ça ? Est-ce que tu accepterais leur distinction ?

PETER: Tu sais, je n'y avais jamais pensé de cette manière-là. Merci. Tu m'as vraiment permis de voir les choses sous un nouvel angle. Tu as raison. J'aurais du mal à accepter cette distinction. Je ne pourrais pas l'accepter. En fait, je dirais plus ou moins ce que tu as dit : que ce serait comme d'essayer de tuer mon identité.

ART: Tu vois ? Maintenant tu comprends ce que je ressens.

PETER: Oui, je pense que oui. Merci beaucoup de m'avoir montré ça. Mais est-ce qe tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? De ce que tu viens de me montrer ?

ART: Qu'est-ce que tu veux dire ?

PETER: Tu viens de me dire que la sodomie était ta religion.


- Extrait de "How to win the culture war", de Peter Kreeft.

(Notez que je déplore le langage cru de Peter Kreeft à la fin de ce dialogue, et sa caricature. Néanmoins, il marque un point : refuser de faire la distinction entre la personne qui a des attirances homosexuelles et la pratique du rapport homosexuel, c'est faire de l'homosexualité une religion).
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* "café" et "croissant" : Dans le texte original, il ne s'agit pas de café et croissant mais de jambon et oeufs, en référence au petit-déjeuner américain typique. Ceci dit, j'ai adapté ces éléments à un contexte français pour que la comparaison garde son impact.

* l'Eglise : Notez que Peter Kreeft est Catholique Romain.

8 février 2013

Non au mariage gay... parce que c'est marqué dans la Bible !

La lettre. En mai 2000, à l'occasion de la légalisation du mariage gay dans le Vermont (USA), Kent Ashmark écrivit un mail destiné à l'animatrice de radio Laura Schlessinger, réputée pour sa morale très conservatrice, cherchant à réfuter l'idée qu'on peut aveuglément fonder une éthique moderne sur les prescriptions de l'Ancien Testament*.

L'email était écrit sur le ton de l'ironie, et après l'avoir adressé à Mme Schlessinger, il l'envoya également à une amie, pensant qu'elle le trouverait amusant. Cette amie l'envoya à son tour à plusieurs personnes, et très vite il circula sur Internet.

L'esprit. Ce qui est ironique dans la propagation de cet écrit, c'est que plusieurs athées, après l'avoir trouvé sur Internet, l'ont envoyé au journal local en le présentant comme un écrit personnel. Autrement dit, ils ont cherché à donner une leçon de morale aux religieux en manquant eux-même grandement de moralité... cela ne prouve rien, mais je trouve que beaucoup de gens se considèrent supérieurs justement parce qu'ils ne se considèrent pas religieux, et se positionnent parfois en donneurs de leçons quand eux-mêmes feraient bien de balayer devant leur porte. A bon entendeur...

Mais pour en revenir à la lettre en question, qui refait régulièrement surface (en particulier dans les pays anglo-saxons), en voici quelques extraits :

"Chère Dr. Laura,

Merci de vos efforts pour éduquer les gens au sujet de la Loi de Dieu. J'ai beaucoup appris grâce à votre émission, et j'essaie de partager ce savoir avec autant de gens que possible. Quand quelqu'un essaie de défendre le style de vie homosexuel, par exemple, je lui rappelle que Lévitique 18:22 affirme clairement que c'est une abomination. Fin du débat.

J'aurais besoin de conseils, cependant, au sujet d'autres lois spécifiques et de la manière de les suivre au mieux.

(...)
Je voudrais vendre ma fille en esclavage, comme le permet Exode 21:7. À votre avis, quel serait sa côte à l'argus aujourd'hui ?
(...)
J'ai un voisin qui persiste à travailler le jour du Sabbat. Exode 35:2 affirme clairement qu'il devrait être mis à mort. Suis-je moralement obligé de le tuer moi-même ?
(...)
Lévitique 11:6-8 dit que si je touche la peau d'un cochon mort je deviens impur, mais est-ce que je peux jouer au football américain si je porte des gants ?

Je sais que vous avez étudié ces choses en profondeur, et je suis sûr que vous pourrez m'éclairer.

Encore merci de nous rappeler que la Parole de Dieu est éternelle et ne change pas.

Votre fan enthousiaste et disciple dévoué."

Le problème. En plus du ton sarcastique qui n'engage absolument pas le dialogue, ce genre de lettre commet les faux raisonnements de l'homme de paille et de la question complexe. Autrement dit, cet texte caricature à l'extrême le parti opposé en l'incarnant, le faisant paraître sous son jour le plus ridicule et révoltant, tout en exigeant une réponse simple pour tout un tas de questions qui requièrent justement une certaine réflexion sur le texte biblique.

Pourtant, cet écrit a eu, et a encore, beaucoup de succès. Ce qui me dérange, c'est qu'il est utilisé comme argument prétendu intellectuel, alors que ce n'est qu'un drapeau brandi par un camp contre l'autre. Il n'a aucun pouvoir argumentatif, tout simplement parce qu'il n'est pas recherché, et il n'est pas honnête. Une démarche honnête chercherait à interroger ces mêmes passages plutôt qu'à les juger de manière aussi sommaire.

La réponse. Parce que, bien sûr, il y en a une, comme pour toutes les questions légitimes qu'on pose à la Bible, c'est-à-dire celles auxquelles elle prétend apporter une réponse.

La réponse, c'est qu'on peut diviser les lois de l'Ancien Testament en deux grandes catégories : celles qui sont reprises dans le Nouveau Testament (c'est-à-dire pendant la vie de Jésus et après sa mort), et celles qui ne sont pas reprises. Celles qui ne sont pas reprises dans le Nouveau Testament ne le sont pas pour 3 raisons :

1. Soit elles étaient l'expression culturelle, et donc circonstancielle, d'un principe éternel, et comme la culture a changé, son expression change aussi.
2. Soit elles étaient relatives à Israël en tant que théocratie et n'ont donc plus de raison d'être.
3. Soit elles étaient l'expression rituelle d'un principe éternel et ce rituel a été accompli parfaitement par Jésus.

Dans tous les cas, le principe qui est derrière la loi, quant à lui, demeure. Dans le cas précis de l'homosexualité, c'est encore plus simple parce que la question est clairement reprise dans le Nouveau Testament, j'en ai déjà parlé ici et .

En conclusion, que vous soyez chrétien ou non, ayez le courage de vos opinions, mais interrogez avant de juger.

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*Il est important de noter que Laura Schlessinger se considérait juive orthodoxe à l'époque, c'est pourquoi il n'est question que de l'Ancien Testament (chronologiquement, c'est partie de la Bible qui concerne l'histoire du monde et de l'humanité avant la naissance de Jésus). Elle-même abandonnera cette foi en 2003.

14 décembre 2012

Un monde sans religion

Chassez le spirituel, il revient au galop. La Révolution Française a jeté à bas l'institution religieuse chrétienne, pour la remplacer immédiatement par le culte de la déesse Raison. Hegel, qui avait admiré en son temps cette Révolution, affirmait que le point culminant du progrès intrinsèque de l'Histoire serait le Weltgeist (“l'Esprit du monde”) – ou l'Esprit Absolu : Il prêtait à l'Histoire une volonté, un but conscient de liberté vers lequel elle tendait inexorablement.

Feuerbach quant à lui partit dans la direction opposée avec l'idée que l'Histoire est le développement de la matière, et non de l'esprit (ou de l'idée). Selon lui, la religion est simplement “le rêve de l'esprit humain”.

Karl Marx, influencé par Feuerbach, prôna un socialisme radical qui bannissait l'idée de Dieu. La religion n'était pour lui que “l'opium des masses”. De telles illusions devaient être éradiquées en faveur d'un monde rationnel où les hommes résolvent leurs problèmes sans intervention “extérieure”.

Une telle hostilité à la foi religieuse a pris forme physique en Russie après la Révolution de 1917. Le pays sera le cobaye du socialisme scientifique. Un ultime culte religieux fut célébré dans les murs du Kremlin en octobre 1917, et officiellement il n'y en aura plus jusqu'en 1990. A cette date, Mikhail Gorbatchev, alors chef d’État, déclarait que la Russie était en grave déclin spirituel.

En parallèle à un revirement politique récent vers le socialisme, on assiste aujourd'hui en France à un retour similaire au spirituel – si Dieu est mort, il est ressuscité. On peut, par la loi, imposer un cadre athée aux nations, mais on ne peut pas le vivre : les hommes ont toujours cherché Dieu aussi ardemment qu'ils l'ont fui.

26 octobre 2012

Face à la violence, que faire ?

Deux fois en peu de temps, des amis se sont confiés à moi au sujet d'une situation violente qui les a troublés, et devant laquelle ils se sont retrouvés désemparés, comme toutes les autres personnes présentes.

Une jeune femme, d'abord, qui en a vu une autre se faire brutalement malmener dans la rue par un homme, et qui était atterrée de l'absence de réaction de la foule environnante. Elle-même a eu peur d'intervenir, étant une fille, et ne se sentant manifestement pas soutenue par d'autres.

Plus grave, un ami me raconte qu'il voit une voiture s'arrêter dans la rue, une femme en sort en criant et en cherchant à appeler la police avec son portable. Un homme de l'autre côté de la voiture, l'attrape violemment et la force à rentrer dans la voiture, puis s'allonge sur elle pendant qu'elle se débat. Étranger, et déstabilisé par l'absence de réaction des passants qui se contentaient de regarder, il hésite à intervenir. Un homme lui dit "C'est la vie ! C'est la vie...". Le presque-viol public prend fin, la voiture redémarre, rideau.

Ces deux amis s'en voulaient. Ils ne comprenaient pas pourquoi personne ne faisait rien, et encore moins pourquoi eux-mêmes n'avaient rien fait. Je vais t'expliquer pourquoi comme je leur ai expliqué, et je vais te recommander ce que je leur ai recommandé pour faire face à ce genre de situation de la manière la plus sûre et efficace possible.

Pourquoi personne ne fait rien, ou l'effet de diffusion

Les chercheurs en psychologie sociale ont beaucoup écrit depuis le cas d'école que fut le meurtre de Kitty Genovese dans les années 1960, malgré le fait qu'il ait été largement exagéré et ne corresponde en réalité pas à l'effet décrit. Pourtant, l'effet existe réellement et a depuis été observé au cours d'expériences sociales.

Le principe, c'est qu'un groupe en présence d'une personne en danger a généralement besoin d'un leader pour réagir. Sans leader, personne ne prend de risque, personne ne prend de responsabilité. Et plus le groupe est grand, plus la responsabilité individuelle est diffuse. Cela semble contre-intuitif, mais en fait, plusieurs mécanismes psychologiques sont à l’œuvre, et notamment les deux raisonnements suivants :

- "Il y a surement quelqu'un d'autre de mieux placé que moi pour intervenir".

- "Si personne ne réagit, c'est peut-être qu'il ne faut pas réagir".

Comment réagir

Il FAUT réagir. TU dois réagir. Dieu ne t'a pas placé sur terre pour que tu doutes ou que tu aies peur, il t'a placé là où tu es pour que tu sois comme lui : juste, plein de compassion, et que tu haïsses le mal, que tu interviennes pour libérer les opprimés, et que tu défendes ceux qui ne peuvent pas se défendre. C'est dangereux, et ça fait peur, mais c'est ta responsabilité de créature faite à l'image de Dieu, et encore plus en tant qu'enfant de Dieu, pour l'amour duquel il a connu la torture et la mort.

Mais tu es probablement faible, comme la plupart des gens. Certainement pas aussi faible que la victime, mais probablement plus faible que l'agresseur. Dans ce genre de situation, comment peux-tu intervenir si tu es faible ? C'est très simple, il te faut du pouvoir. Et tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais il y en a partout autour de toi.

Pourquoi les pharisiens et les saducéens n'ont pas lapidé Jésus plus tôt ? Parce qu'ils avaient peur de la foule. Et pourquoi n'ont-ils pas mis Jésus à mort eux-mêmes ? Parce qu'ils avaient peur du gouvernement Romain.

Tu as certainement un téléphone portable. Sors-le, compose le 17, et avance-toi vers l'agresseur en criant que tu appelles la police. Si tu n'obtiens pas de réaction, prends autorité sur la foule, car l'effet de diffusion sera brisé dès que tu responsabiliseras les gens.

Tends ton téléphone à quelqu'un pour qu'il parle à la police, dis-lui de relever la description de l'agresseur (aspect physique, plaque d'immatriculation s'il y a lieu), demande de l'aide à une ou deux personnes imposantes pour attraper la personne violente, et à une autre personne d'éloigner la victime pendant que vous maintiendrez l'agresseur à distance. Et ensuite, fonce. Un conseil : ne cherche pas à être violent, tu ne sais pas où ça peut mener. Il vaut mieux chercher à ceinturer la personne violente que de la frapper, surtout si vous avez l'avantage du nombre. Le but est d'immobiliser l'agresseur jusqu'à l'arrivée de la police.

Le résultat

Ceci étant dit, il faut être prudent (l'agresseur peut être armé) et aussi savoir que la victime peut se retourner contre toi, ou contre vous. Parfois les relations de couple sont malsaines au point que la femme victime pense mériter cette violence, la trouve normale, ou même préfère s'en tirer seule. Pourtant Dieu ne nous tient pas à une obligation de résultat - il ne veut pas que nous réussissions à faire, il veut que nous réussissions à être, et être comme lui. Il ne passerait certainement pas son chemin...

Peut-être que, comme dit mon père, ça ne changera que le lieu des agressions. Mais le but de l'intervention n'est pas de changer le monde, c'est de vivre en accord avec qui on est, d'être ceux que Jésus a fait de nous. Et quand bien même ça ne changerait que le lieu, c'est déjà ça : que les gens violents qui abusent des faibles sachent qu'ils doivent se cacher, qu'ils aient honte, c'est déjà une victoire. D'un autre côté, tu risques d'être blessé, voire tué. Évidemment ça dépend de chaque situation, mais c'est à considérer. Tiendras-tu alors à ta vie plus qu'à être comme Jésus ?

Que Dieu te donne le courage d'assumer qui tu es, et qu'il te garde dans ces situations.

5 octobre 2012

Petit guide de la sexualité

J'ai déjà abordé le sujet il y a deux ans, mais cette fois-ci j'en parlerai au sens large : la réduire à la copulation nous conduirait à froidement la valoriser par son potentiel procréateur ou orgasmique... Or, la sexualité c'est plus que ça.

C'est aussi et entre autres : l'intimité, la tendresse, le don de soi (qui peut impliquer la chasteté et la virginité), la liberté, l'attachement, sans oublier l'affection bien sûr... Tout cela, on doit bien le reconnaître, peut être vécu par un couple hétérosexuel aussi bien que par un couple homosexuel. Voilà un terrain commun qui peut être la base d'une discussion, et d'une reconnaissance.

Pour autant, l'homosexuel ne peut pas faire l'expérience de la fonction procréatrice de la sexualité, et il ne peut pas faire l'expérience de l'altérité comme différence sexuelle (qui implique une intelligence, une sensibilité, une affectivité, une esthétique différentes). Il ne s'agit pas de discrimination, mais de distinction : le couple homosexuel n'est pas semblable au couple hétérosexuel, et il y a une différence entre reconnaître la valeur humaine d'un lien affectif entre personnes du même sexe et lui accorder la même reconnaissance symbolique qu'au couple homme-femme.

L'amour humain, c'est l'amour de l'esprit et du corps – c'est l'amour de la combinaison des deux. Cela, parce que l'homme est un corps et un esprit, non simplement un esprit dans un corps : il n'y a pas de vie humaine possible sans cette union entre corps et esprit. Autrement dit, la vie humaine, ce n'est ni un corps sans esprit, ni un esprit sans corps. Notre corps fait donc partie de notre être autant que notre esprit. Et c'est pour ça que l'homme n'est pas complet sans la femme, et la femme n'est pas complète sans l'homme : ils sont faits l'un pour l'autre du point de vue du corps, et donc, du point de vue de l'esprit aussi.

Qu'en dit la Bible ?

En réalité, elle s'occupe moins de condamner l'homosexualité que d'exalter le mystère de la sexualité, où l'homme et la femme sont appelés à discerner quelque chose du mystère de Dieu : quand la Bible dit que l'humain est créé à l'image de Dieu elle ajoute immédiatement qu'il l'est d'emblée comme homme et femme. La littérature hébraïque utilise souvent des parallélismes pour exprimer une idée, et ici cela signifie que les deux sont liés : la sexualité a quelque chose à voir avec la relation entre l'homme et Dieu.

Cependant, l'homosexualité, aussi peu évoquée qu'elle soit dans la Bible, l'est toujours de manière négative, et va a l'encontre de la finalité créatrice de la sexualité (qui est tout de même à affirmer, même si la parenté est libre et facultative). En tant que lieu privilégié de l'expérience de Dieu, la sexualité est donc à pratiquer dans l'altérité.

Relativiser le message

Plusieurs passages bibliques traitant "négativement" de l'homosexualité, ne pouvant être niés, sont donc remis en question, ou relativisés.

Par exemple, on prétend que l'apôtre Paul avait des points de vues logiques dans sa culture, mais qui ne sont plus d'actualité. Tenez, son discours sur les esclaves qui doivent rester obéissants à leurs maîtres est à relativiser, alors pourquoi pas son discours sur l'homosexualité ? Mais d'une part l'esclavage est un mauvais mot pour décrire la réalité des serviteurs de l'époque (on pense à l'esclavage des africains par les colonisateurs, ce qui est totalement différent); et d'autre part il se trouve que Paul a également exprimé un avis révolutionnaire sur le sujet dans son épître à Philémon - il faut prendre son discours dans son ensemble.

Mais quand bien même, Paul milite avec cohérence pour que chacun reproduise l'exemple de Christ : que le serviteur obéisse à son maître comme Jésus a obéi à son Père bien qu'étant son égal, et que le maître aime et cherche le bien de son serviteur comme le Père l'a fait pour Jésus; de la même manière il milite pour que l'homme et la femme imitent la relation de Dieu le fils et Dieu le Père dans leur relation, soit une union d'êtres égaux, essentiellement similaires et en même temps fondamentalement différents. D'ailleurs, Paul fonde son argumentation précisément sur le destin humain voulu par Dieu et qu'Adam et Ève ont rejeté.

Sodome et Gomorrhe plus en détails

Le livre de la Genèse, chapitre 19, versets 1 à 29 nous raconte comment les habitants des ces deux villes furent punis par Dieu. Bien que ce texte laisse une forte présomption d'homosexualité de la part des habitants, l'Ancien Testament n'interprète pas le crime de Sodome et Gomorrhe comme étant l'homosexualité, mais l'inhospitalité (Gn.13:13 parle de “la méchanceté des habitants de Sodome”; Ez.16:49 mentionne leur "inhospitalité"). Au regard du passage, le crime indéniable ici est le mépris des étrangers.

Pourtant le passage de Jude 1:7 spécifie clairement que le crime puni est celui de la méchanceté et des relations contre-nature, mais on pourrait dire que c'est une interprétation tardive des événements - c'est dans le Nouveau Testament, assez éloigné des faits et potentiellement de la mentalité particulière à l'Ancien Testament. Pour rester dans ce dernier, on trouve en fait une histoire similaire à celle de Sodome et Gomorrhe dans le livre des Juges, chapitre 19, versets 22 à 25. Le phrasé est presque identique, et il est clair que dans ces circonstances, connaître fait référence à un mal, une infamie, une chose qui déshonore. L'inhospitalité et la méchanceté des gens du coin est manifestement de l'ordre de l'abus sexuel. Encore une fois, le parallélisme entre les deux passages est porteur de sens, et indique la nature du crime de Sodome & Gomorrhe.

Sans oublier les prétendues icônes Gay de l'Ancien Testament...

Il s'agit bien sûr de David et Jonathan. Certes, les mêmes expressions sont employées pour décrire leur amour et celui entre un homme et d'une femme (1Sam.18:1,19:1, 2Sam.1:26), mais c'est avant tout pour souligner la fidélité qui caractérisait leur relation, plutôt que la nature de l'amour. On parle de leur amitié comme d'un mariage politique, Jonathan ayant compris que Dieu avait choisi David comme successeur de son père Saül. En outre, les pulsions de David étaient clairement tournées vers le sexe opposé, comme le montre son comportement envers Bethsabée. 

Qu'il ait eu un amour particulier pour Jonathan ne peut d'ailleurs nous surprendre que hors-contexte. A cette époque les femmes étaient assez peu éduquées et cherchaient avant tout à plaire physiquement (et particulièrement celles qu'on présentait au roi). Les hommes, eux, devaient faire face à des responsabilités qui réclamaient plus d'éducation, et passaient le plus clair de leur temps entre eux (et c'est encore le cas aujourd'hui au Proche et Moyen-Orient), notamment à la guerre. Jonathan, fils de roi, était certainement très éduqué, et les situations périlleuses auxquelles il a fait face avec David ont certainement forgé des liens très intimes entre eux. Mais, tout ça remis en contexte, rien ne porte à croire qu'il y avait plus qu'une forte amitié fraternelle entre eux.

Que penser de cette vision de la sexualité ?

Toujours pour remettre les choses en contexte, faisons un tour d'horizon du Proche-Orient Ancien, où ont vécu tous ces personnages bibliques : chez leurs voisins les hittites, la zoophilie et le travestisme sont légaux. En Ougarit, les dieux eux-mêmes sont zoophiles ! En Égypte, l'inceste est pratiqué jusque dans la famille royale, de même qu'en Mésopotamie certaines formes d'incestes étaient tolérées. Les Ammonites, eux, sacrifiaient carrément leurs enfants à leurs dieux. Partout dans la région, la castration et la prostitution, dans le cadre d'un culte religieux, étaient courantes. A côté de ça, les prescriptions bibliques au sujet de la sexualité sont étonnamment saines et cohérentes.

Cela montre que l'opinion publique ne suffit pas pour garantir une moralité individuelle et publique de qualité. Et si tu crois qu'on ne commettrait plus ce genre d'égarement moral de nos jours, repenches-toi sur les effets de la "libération" sexuelle depuis mai 68...

7 septembre 2012

Pour le mariage homosexuel... ?

La question au feu rouge

Diane Savino est sénatrice de l’État de New York. Un jour qu'elle était arrêtée au feu rouge, un homme passe la tête par la fenêtre de sa voiture et lui demande : "Vous êtes sénatrice ?". Il avait remarqué la plaque minéralogique typique des sénateurs aux États-Unis. Elle acquiesce, et il enchaîne : "Le Sénat va bientôt voter un projet de loi sur le marriage gay, non ?". Elle confirme, il lui demande ce qu'elle compte voter, et elle dit qu'elle compte voter pour. "Pourquoi ?", l'interroge-t-il, et elle lui répond : "Parce que le mariage est un droit pour tout adulte consentant". Il reprend : "Mais ça change la définition du mariage".

Elle se met à son tour à poser les questions : "Est-ce que vous savez que la loi nous autorise à nous marier immédiatement, alors que nous venons juste de nous rencontrer, et en pratique, les infrastructures de ce pays nous permettraient de le faire dans les 24h ?". Il acquiesce. "Et pensez-vous que nous soyons prêt pour un tel engagement ?". Il marque une pause avant de répondre : "Je comprends ce que vous voulez dire".

L'anecdote (f)relatée

C'est cette anecdote particulière que la Sénatrice choisira de relater au cours de l'assemblée qui verra le vote pour le mariage homosexuel dans l’État de New-York. Son argument principal est le suivant : le gouvernement ne contrôle pas la qualité d'un mariage, il ne fait pas de discrimination. L’Église, au contraire, peut le faire, parce que c'est une institution privée, et libre à elle de ne pas célébrer ni reconnaître les mariages homosexuels.

C'est probablement le meilleur argument que j'ai entendu jusqu'ici en faveur du mariage homosexuel. Cependant la sénatrice va un peu vite.

Le problème du Kir

La différence sexuelle des conjoints n'a rien à voir avec la qualité du mariage, et tout à voir avec la définition du mariage. La Sénatrice Savino change la question, et ainsi ne répond pas à l'objection de cet homme qui l'interroge. Il n'a pas dit que les homosexuels feraient de mauvais couples, il a dit que le mariage homosexuel, c'était en soi une contradiction. Comme dit mon ami JR, que je remercie pour ses excellentes contributions à cet article (et je vous recommande le sien), un Kir est une boisson qui allie du vin blanc et de la liqueur de cassis. C'est la définition du Kir. Si je ne met que du vin blanc et pas de liqueur de cassis, ce n'est pas un Kir de mauvaise qualité, ce n'est carrément plus un Kir, mais juste du vin blanc.

Un couple, une couple*

Alors pourquoi les gouvernements cherchent-ils à reconnaître officiellement les mariages (outre pour les impôts) ? Une réponse cohérente avec le concept de mariage tel qu'il est défini depuis l'aube de l'humanité, c'est que l'union d'un homme et d'une femme a tendance à donner des enfants, autrement dit le couple est le fondement naturel de la famille, or la famille est l'unité de base de la nation dont le gouvernement a la charge. Il doit donc s'assurer que la famille offre un cadre favorable au développement des enfants, ce qu'il fait par une institution comme le mariage notamment.

Sans possibilité d'adopter ou d'insémination in vitro, a priori (il y a des exceptions), le couple homosexuel n'a donc pas de bonne raison de réclamer à l’État d'être encadré par une telle institution. C'est d'ailleurs pour ça que ces questions sont directement liées à la question du mariage homosexuel. Je te laisse faire tes recherches sur le développement des enfants dans les familles homosexuelles, quant à la FIV, c'est une procédure médicale lourde et conçue pour les gens qui ont des difficultés biologiques à concevoir, malheureusement parfois considérée comme une sorte de "chirurgie esthétique de la procréation", dont on peut user comme on le souhaite. C'est le "pendant ironique" de l'avortement...

Et donc ?

Le fait est que la plupart des gens n'ont pas réfléchi sérieusement à la question du mariage homosexuel, et n'ont pas étudié la question de l'adoption. Ils sont pour ou contre tout en ignorant les logiques en jeu et les implications pratiques. Mais je ne suis pas là pour te dire quoi penser, parce qu'au final, c'est ton choix que tu devras exprimer. Plutôt, j'espère te faire réfléchir à tout ça. Alors je te laisse avec quelques questions :

=> Est-il légitime de réclamer au gouvernement de reconnaître le mariage homosexuel ? Est-il nécessaire d'obtenir une reconnaissance officielle, ou une tolérance neutre serait-elle suffisante ? Est-il important de donner le nom de mariage à l'union homosexuelle ? Dans quelle mesure l'union civile assure-t-elle déjà les droits réclamés par les couples homosexuels ?

=> L'adoption ouverte aux couples homosexuels permettra-t-elle réellement plus d'adoptions ? Y a-t-il plus d'enfants à adopter que de demandes d'adoption ? D'où viennent les enfants adoptés par des couples français ? Comment les agences d'adoption (de France ou d'ailleurs) réagiront-elles à un changement de législation ? Quelle proportion de couples homosexuels seraient à la fois désireux d'adopter et jugés aptes à l'adoption ? Quels critères doit-on retenir pour qu'un couple soit jugé apte à l'adoption ?

Enfin, pour ce qui est des parents célibataires (qui peuvent adopter, et que l'on compare parfois aux couples homosexuels), rappelons-nous que les parents célibataires le sont rarement par choix, et donc qu'ils sont souvent prompts à rechercher et inviter l'influence d'un parent de l'autre sexe dans l'éducation de son enfant. Il faut donc savoir si on peut en dire autant des couples homosexuel.
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* Un couple est un assemblage de deux choses différentes, une couple est un assemblage de deux choses similaires (comme une paire). On pourrait donc dire "une couple homosexuelle"...

24 août 2012

Les tubes Catholiques

Dernièrement, des groupes catholiques ont organisé la production et la diffusion sur Internet de plusieurs émissions courtes à destination des jeunes, dans le but de... et bien, c'est là qu'est toute la question.

Mais d'abord, un coup d’œil aux vidéos

- Bref, je suis Catho, 3 épisodes réalisés par la Frassateam à l'occasion de la période de Carême en 2012. On y suit le retour progressif d'un jeune à la spiritualité catholique. Le développement du personnage principal y est bien mené, il y fait face à la réalité telle qu'on la connaît. Chaque visionneur de la série découvre le catholicisme en pratique et en interne, et est ainsi tacitement invité à suivre ce parcours du fils prodigue (version moderne).



- Very Bad Carême, 3 épisodes sur le jeûne, la prière et l'aumône, par la Pastorale des Jeunes de Lyon à l'occasion, encore une fois et comme son nom l'indique, des 40 jours de Carême de cette année. Le format s'inspire de Very Bad Blagues. L'auto-dérision touchera probablement un large public, mais une partie des références humoristiques requièrent tout de même une certaine connaissance des différents courants de spiritualité au sein du catholicisme (ou du monde chrétien en général). C'est divertissant, et sans doute un bon point de départ pour une discussion plus poussée.



- Le Cathologue, présenté depuis le 26 avril 2012 par l'1visible (mensuel catholique), et produit par Saje Prod et KTO . C'est une entreprise de plus grande ampleur, avec un épisode chaque semaine pour une durée indéterminée. L'aspect est très tendance : les clips sont classés en épisodes et en saisons comme une série télé, les tee-shirts du présentateur sont remarquables par leur esthétique et leurs slogans, le tout est filmé dans une sorte de local moderne meublé par ikea et avec des posters de Star Wars, du Le Seigneur des Anneaux, et des reproductions cartonnées grandeur nature de R2-D2, C3PO et la Vierge Marie. On regrettera cependant le traitement un peu léger des sujets polémiques, le message pertinent restant souvent implicite, ou étant subrepticement glissé en une réplique du caméraman. Divertir est-elle une fin en soi ? Néanmoins cela reste un ensemble d'épisodes accrocheurs qui peuvent servir de support pour aborder les sujets de manière plus sérieuse.



Le discours et l'effet

Il faut toujours se demander, non seulement quel est le discours, mais quel est l'effet de l’œuvre à laquelle on est exposé. Le discours, c'est ce que l’œuvre dit qu'elle fait. L'effet, c'est ce qu'elle fait réellement.

Ici, le discours, c'est globalement "Je suis catholique, j'en parle sans honte, et voilà comment je vis ça". En soi, c'est un témoignage travaillé pour qu'il ait le plus d'impact possible.

L'effet, par contre, est plus profond. L'idée qu'on a des catholiques est transformée, ils peuvent être jeunes et funs... comme les gens auxquels ils s'adressent. La majeure partie de cette campagne médiatique sert en partie à redorer le blason de l’Église Catholique, mais ce n'est pas tout. On n'y apprend finalement pas grand-chose sur Dieu, sur la Bible, sur Jésus - tout est centré sur les catholiques eux-mêmes, leur expérience, leurs pratiques, leur personnalité, dans le but de de convaincre les gens que l'écart entre les cathos et les autres n'est pas si grand. Et si l'écart n'est pas si grand, un pas est possible.

C'est presque une invitation à "Vis ma vie". Et c'est peut-être là la force de cette campagne, elle crée un lien direct : le spectateur est pris d'affection pour les protagonistes (des personnages charmants; tangibles, et avec leurs difficultés), et s'identifie à eux. D'ailleurs ces personnages sont loin d'être des catholiques "exemplaires", des saints-n'y-touchent ou autres bigots.

Pour faire connaître Dieu, on peut parler de son œuvre, ou on peut exposer à son œuvre : inviter quelqu'un à fréquenter des chrétiens, c'est l'inviter à être témoin direct de la vie d'un groupe de gens qui laissent Dieu les transformer, et parmi lesquels il agit. La médiatisation délibérée sur Internet de la vie des catholiques, c'est l'exportation ce témoignage, intelligemment adapté, jusqu'à leur ordinateur portable.

En conclusion

Si les catholiques ne sont pas les seuls à prendre des initiatives médiatiques, ils sont décidément les plus aptes à s'adresser au monde extérieur. Par contraste, on se rappellera du message de la jeunesse évangélique au futur président, message certes travaillé, courageux et partant d'une bonne intention, mais au final en mauvais français, avec un discours assez peu spécifique, répétitif, et une association images/musique/discours qui laisse à désirer - sans parler de la presque imposture de ce groupe qui se fait implicitement porte-parole de tous les jeunes évangéliques de France. Pour le reste, les évangéliques se font connaître dans les media principalement par des reportages de France 2, dont les journalistes auront bientôt tous enfin réussi à faire la différence entre évangéliques et évangélistes.

Il faut admettre qu'ils ont plus de moyens, qu'ils sont mieux organisés, et surtout que les porte-parole médiatiques officiels (comme le Pape) et non-officiels (comme le Allain Maillard de la Morandais et Frigide Barjot, par exemple) ont généralement un discours beaucoup plus clair sur les sujets polémiques (relations sexuelles, avortement, homosexualité & mariage homosexuel, adoption, etc.). Et ça rassure les gens. La nébuleuse évangélique peu sembler un véritable brouillard pour les non-initiés, autant dans les groupements que dans les pratiques, et, malheureusement, des croyances.

Alors, où sont les jeunes évangéliques qui produisent des media pertinent et de qualité pour inviter les gens à connaître Jésus-Christ ? Je pense à Question Suivante, et à la Rébellution, quant à moi j'espère être de ceux-là. Mais si blog est un bon format pour aborder les choses en profondeur, ultimement, si on veut que le monde lève les yeux vers des questions éternelles, il faut un moyen qui va les chercher dans leur quotidien, qui soit quasiment immédiat, et qui travaille sur plusieurs canaux de communication... en un mot, la vidéo.

Cet appel est lancé à tous les jeunes chrétiens qui ont l'envie et les moyens de faire des vidéos d'évangélisation : Allez, et proclamez l’Évangile à votre génération !

6 juillet 2012

Le Boson de Higgs : avant d'en parler...

Les ignorants parlent aux ignorants.

Il n'y a qu'une demi-poignée de gens parmi tous ceux que je connais qui seraient probablement à même de m'expliquer, même simplement, ce qu'est le Boson de Higgs, et quelles sont les implications de la découverte récente du CERN. Autrement dit, c'est une nouvelle peu accessible, et encore assez obscure.

Et pourtant, les journalistes nous en rebattent les oreilles, et les publics de tous poils s'empressent de donner leur avis sur cette découverte qu'ils ne comprennent réellement ni les uns ni les autres. Et voici l'homme moderne moyen qui nous dit qu'on maîtrise enfin la théorie du Big Bang, donc plus besoin des religions; et voilà le post-moderne moyen qui lui rétorque que même si Dieu n'existe pas, c'est peut-être mieux de ne pas le savoir...

La légèreté dont on fait preuve dans nos discussions, tant les uns que les autres, révèle bien une angoisse profonde qui nous pousse à vouloir donner notre avis, exprimer nos espoirs, se justifier, défendre un point de vue, avoir raison.

Encore récemment je discutais avec deux amis, on se demandait s'il était bon de dire les vérités qui dérangent à ses amis, quitte à se brouiller avec eux. Et bien que nous soyons partis d'une discussion générale et relativement objective, nous avions tous en tête une situation précise de notre vie passée ou présente qui nous poussait à argumenter dans un sens ou dans l'autre. Et chacun cherchait à se justifier en prenant comme exemple cette situation qu'il avait à l'esprit.  L'exemple type d'un dialogue de sourd, même si ça n'en avait pas forcément l'air.

Je me suis rendu compte de ça vers la fin de la discussion. Je n'ai rien dit (j'aurais dû), mais intérieurement, je me suis décidé à agir : il y avait un ami avec qui il fallait que j'aborde un point délicat, quitte à me brouiller avec lui. Si j'avais passé presque une heure à argumenter devant mes amis que "dire la vérité qui dérange" à un ami n'était pas si simple, c'est en fait parce que j'avais peur de le faire.

Voilà pourquoi, il y a un mois à peu près, quelqu'un que je venais de rencontrer me déclarait qu'il ne voulait pas parler de religion, parce que ça ne servait à rien : son expérience lui avait "prouvé" que les gens ne font que se renforcer dans leurs convictions, à moins d'un traumatisme les oblige à changer complètement de système de pensée. Était-il convaincu, pour commencer, que les discussions ne mènent jamais nulle part, ou était-ce un mécanisme de défense face à un étudiant en théologie tel que moi ? Peu importe, au final.

J'étais à ce moment-là moins angoissé, et j'ai pu creuser sereinement la question avec lui, si bien qu'au bout de deux heures, nous nous sommes quittés d'accord sur le fait que la discussion est utile et même profitable, et qu'on peut changer d'avis plus ou moins perceptiblement, à condition d'avoir une discussion saine.

Tout ça pour dire que la communication la plus simple nécessite un apprentissage - bien sûr méthodique, mais avant tout personnel et identitaire. Tant que l'on agira par angoisse, on ne fera rien d'autre que de combattre ses propres démons, et on ne tombera d'accord qu'avec ceux qui sont prisonniers des mêmes luttes.

Des gens comme R. Dawkins et M. Onfray en sont de bons exemples : ils s'emploient à tenter de démontrer que Dieu n'existe (très probablement) pas par des arguments qui n'ont rien à voir avec l'existence de Dieu, tout simplement parce qu'ils cherchent à exorciser leur propre mauvaise expérience de la religion, et leur talent respectif entraine dans leur sillage tout un tas de disciples qui partagent leur angoisse.

C'est d'ailleurs assez ironique, car c'est justement en Dieu qu'on peut se libérer de cette angoisse...

22 juin 2012

T'es pauvre ? Tant pis.

Naître en République dans une clinique chauffée, avoir des parents en vie, un frigo plein, une éducation gratuite, la sécurité sociale... je n'ai rien mérité de tout ça, je suis simplement né dans cet environnement. Je peux disposer de tout ça parce que des hommes et des femmes (chrétiens pour la plupart) se sont associés et ont lutté pour établir une société où l'homme vivrait dans de bonnes conditions.

Je ne l'ai pas mérité, mais j'en ai hérité.

Quelle doit-être ma première réaction ? La reconnaissance. Et un sens des responsabilités. C'est parce que j'ai hérité de ces richesses que je dois en faire profiter d'autres. Agir autrement serait égoïste - l'amour que j'ai reçu me pousse à en donner, parce que c'est la nature même de l'amour. C'est à ceux qui ont en abondance d'aider ceux qui sont dans le besoin... et ne sommes-nous pas tous le riche d'un autre ?

Il est facile de s'imaginer généreux, mais c'est difficile de l'être. Savoir ce qu'on ferait d'un million d'euros est sans importance. Ce qui est important, c'est de savoir ce qu'on va faire des 20€ dans notre poche, ou des 1000€ sur notre compte.

Alors ! Ne savons-nous pas tous que le problème des inégalités dans le monde est avant tout un problème de répartition des richesses ? Et que fait-on pour inverser la tendance, ici et maintenant ?

Peu, au final, car il ne suffit pas de savoir ça pour changer. La connaissance n'a jamais rendu personne meilleur. La peur, les doutes, l'avidité subsistent. Il faut que notre cœur égoïste change, il faut qu'on se contente de ce que l'on a, de ce qui nous est donné, pour discerner ce qui est superflu et le distribuer à ceux qui en ont besoin. Évidemment ça aide si nos parents nous ont montré le bon exemple, mais ce n'est jamais tout-à-fait le cas.

Jésus n'encourage ni la pauvreté ni la richesse, mais simplement la confiance en un Dieu qui pourvoit, afin d'inciter au don de soi et de ses ressources à l'autre. Dieu n'a pas besoin de notre générosité, mais il veut qu'on l'honore en étant généreux comme il est généreux, qu'on aime comme il aime. Parce que Dieu est amour, il veut qu'on donne comme il se donne, comme il s'est donné en Jésus. C'est lié à sa personne, et à la nôtre : si nous voulons être généreux, c'est parce que nous sommes faits à l'image de Dieu; et pour être généreux comme il l'est, il faut le connaître.

Car comment savoir comme il est généreux, et comment il aime, si on ne le connaît pas ? Si on n'accepte pas sa générosité et son amour, c'est-à-dire le don de son fils Jésus pour pardonner nos crimes, alors on ne le laisse pas nous influencer, notre cœur ne change pas, et on ne peut pas devenir comme lui. C'est pour cela que faire le bien, ça demande avant tout d'être quelqu'un de bien, et ça s'apprend d'abord par une relation avec Dieu.

Es-tu seulement prêt à te fournir à la source pour être riche de l'amour de Dieu pour les hommes ?

16 mars 2012

Evangélisation ou prosélytisme ?

Suite à cet article informatif et neutre (!) sur le site Internet du journal Le Monde (merci Raison de Croire), de nombreuses personnes manifestent une forte hostilité et parfois une flagrante condescendance envers ceux qui cherchent à partager leur foi. Je cite :

"Cette forme de militantisme de l'au-delà est (...) amusante au début et lourdingue au fur et à mesure. Il y aura toujours des esprits simples pour relayer cette parole."

"Cette orientation religieuse, je la considère comme une secte. Ils cherchent les personnes vulnérables, les influencent."

Alors que dire ?  Il est certain qu'il y a des dérives au sein des mouvements évangéliques, comme en politique, comme dans certains mouvements islamiques ou bouddhistes, ou encore dans certaines branches de l’Éducation Nationale, et j'en passe. Il est inutile de stigmatiser la foi, les abus sont toujours dus à l'homme. Par contre, pour être équitable, comptons aussi les points positifs et n'oublions pas que c'est la foi chrétienne qui a inspiré le plus d'avancement social dans l'histoire de l'humanité.

Cependant, là n'est pas la question, le problème de fond. Il s'agit de savoir si c'est une restriction de la liberté d'autrui que de lui présenter sa propre religion sous un jour positif, voire de lui proposer de la rejoindre. Nous avons l'idée fermement ancrée dans nos têtes que la religion est une question personnelle, privée, intime - et donc si quelqu'un aborde le sujet, on a l'impression qu'on pénètre par effraction notre vie intime.

Pourquoi ?

Avons-nous si peur du débat ? Sommes-nous si mal assurés de nos propres croyances que nous craignons de passer pour un idiot quand on en discute ? Ou pire, de se "laisser avoir" par le discours pernicieux de l'autre, qui ne cherche bien sûr qu'à nous convertir ? Depuis quand les questions de fond sont-elles censurée de l'échange entre deux personnes ?

8 mars 2012

Droits de la femme. La Bible : misogyne ou militante ?

En ce jour particulier, mesdames, je vais vous choquer, puis je vais vous intéresser, et j'espère qu'à la fin je vous aurai fait réfléchir... mais pour ce qui est de la troisième partie je ne peux rien promettre : c'est à vous de jouer.

La purification rituelle après l'accouchement

L’Éternel s'adressa à Moïse en ces termes:

- Parle aux Israélites: Lorsqu'une femme met au monde un garçon, elle sera rituellement impure durant sept jours, comme lorsqu'elle est isolée à cause de son indisposition menstruelle. Le huitième jour, on circoncira l'enfant. Puis il lui faudra encore attendre trente-trois jours pour être purifiée de son sang; elle ne touchera aucune chose consacrée; elle n'ira pas au sanctuaire jusqu'à ce que le temps de sa purification parvienne à son terme.

Si elle donne naissance à une fille, elle sera rituellement impure deux semaines comme au moment de son indisposition, puis il lui faudra encore attendre soixante-six jours pour être purifiée de son sang. 

Quand les jours de sa purification seront achevés - qu'il s'agisse d'un garçon ou d'une fille - elle apportera à l'entrée de la tente de la Rencontre un agneau dans sa première année pour un sacrifice par le feu, et un pigeonneau ou une tourterelle pour le sacrifice pour le péché, et elle les remettra au prêtre. Celui-ci les offrira devant l’Éternel et accomplira le rite d'expiation pour elle, et elle sera rituellement purifiée de sa perte de sang. Telle est la règle concernant la femme qui donne naissance à un garçon ou à une fille.
   
Si elle n'a pas de quoi offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux pigeonneaux, l'un pour le sacrifice de feu et l'autre pour le sacrifice pour le péché; le prêtre accomplira le rite d'expiation pour elle, et elle sera rituellement pure.


- Livre du Lévitique, chapitre 12.

Pourquoi la femme est-elle impure quand elle accouche - quel péché a-t-elle commis ? 
Et pourquoi est-elle impure 2 fois plus longtemps après avoir accouché d'une fille que d'un fils ?

Il faut d'abord noter que la question de pureté - et donc de péché - est liée à la perte de sang, et non au sexe de l'enfant ou à la mère. Le sang est symbole de vie, et le fait qu'il sorte du corps est symbole de mort, la mort étant l'impureté absolue (d'où l'expression récurrente dans la Bible : "verser le sang").

On remarquera ensuite que la seule différence entre un fils et une fille est que le fils se fera circoncire (acte de purification), ce qui explique qu'on fasse grâce à la mère d'une partie de la période de purification. Autrement dit : la période normale est de 80 jours, mais dans le cas d'un garçon, ça peut être réduit à 40 puisqu'il peut endurer une partie de la purification.

Pourquoi, alors, ne pas exciser la fille également ? Le fait que l'excision prive définitivement la femme de toute possibilité de plaisir sexuel me semble une bonne raison, et témoigne en faveur de l'éthique biblique.

N'oublions pas non plus que les sacrifices rituels offerts suite à un accouchement sont exactement les mêmes pour un garçon ou pour une fille, ce qui confirme l'égalité de traitement entre les deux sexes.

Enfin, rappelons-nous qu'à cette époque, les hommes sont obsédés par l'idée d'avoir des fils plutôt que des filles : cela leur assure un héritier, et c'est mieux pour la guerre. Aussi la plupart des maris, insatisfaits d'une fille, auraient pu être tentés de reprendre des rapports sexuels intensifs avec leur femme suite à l'accouchement, et au dépens de la santé de leur épouse. Cette longue "période d'impureté" assurait à la femme une reposante convalescence (on ne devait pas toucher ce qui était impur, sous peine de devenir impur soi-même).

Alors, à votre avis, la Bible : écrits misogynes bons pour l'autodafé, ou sagesse militante pour l'égalité des sexes et le respect des droits de la femme ?

2 mars 2012

L'autorité morale

Chacun est libre de choisir ses croyances. D'accord. Mais ça ne veut pas dire que tout se vaut.

D'ailleurs, nos croyances définissent nos valeurs, qui à leur tour conditionnent notre morale. Bien sûr, la réflexion, l'expérience, l'exemple des autres, etc. vont contribuer à notre réflexion éthique, et ces choses peuvent nous amener à reconsidérer nos croyances, et nos choix. Mais cela ne garantit pas qu'au final notre morale vaille quoi que ce soit.

Par exemple, quelqu'un décide de croire qu'il y a un Dieu créateur, que l'homme a été créé avant la femme, et en conclue que l'homme est supérieur à la femme, qu'elle doit lui être soumise, et comme Dieu l'a créé plus musclé qu'elle, il se met à battre sa femme quand elle lui désobéit.

Quelqu'un d'autre décide de croire la même chose, mais, fondant ses croyances sur le texte biblique, il en déduit nécessairement l'égalité de l'homme et de la femme, et comme Dieu l'a créé plus musclé qu'elle, il se fait un devoir de traiter sa femme avec toute la douceur et l'amour dont il peut faire preuve, et de la protéger.

Est-ce que ces deux morales ont la même valeur ? 
Et si oui, alors qui peut condamner l'un et approuver l'autre ?

Enfin ! Dirait-on qu'un médecin a autant d'autorité pour parler de médecine qu'un plombier? Bien sûr que non ! Et dirait-on encore qu'un Nietzsche aurait autant d'autorité pour parler de morale qu'un Jésus ? Jamais de la vie !

Ne nous reste-t-il aucun sens commun ? Ce n'est pas parce qu'on a le droit de croire en ce qu'on veut que tout le monde a nécessairement autant d'autorité morale. Il ne s'agit pas de cette idée surfaite de "tolérance" molle et lobotomisée, mais d'affirmer clairement qu'il existe une différence entre le bien et le mal, et de se battre pour le bien - c'est-à-dire de se battre avec les armes du bien.

Jusqu'ici, a priori, on est tous d'accord. Seulement, le problème survient quand je dis que Dieu existe, qu'il est tel que révélé dans la Bible, et que c'est lui qui décide de la morale, parce qu'il est l'origine du bien. C'est lui qui a toute autorité morale. Et donc, ça remet probablement en question ta morale.

Mais es-tu prêt à rendre compte des croyances qui fondent ta morale ?

24 février 2012

L'éducation : la fin de la violence ?

Selon Hesna Cailliau, auteur de L'esprit des religions – Connaître les religions pour mieux comprendre les hommes” (2006), l'ignorance est à l'origine de la peur et du mépris, et c'est elle qui cause des conflits de civilisation, plus que les cultures ou l'histoire elles-mêmes.

Ainsi, en connaissant mieux les cultures et l'histoire, on peut établir un dialogue sur de bonnes bases et favoriser la paix. Or les religions sont intimement liées à ces deux domaines, et en plein essor, d'où l'urgence d'une “éducation spirituelle”.

La thèse de l'auteur est très largement acceptée par nos contemporains. D'ailleurs on voit bien que les mouvements autocratiques et sectaires interdisent l'éducation de la plus grande partie de la population, et veulent la contrôler entièrement. Mais les gens éduqués, eux, ne feraient jamais ça, ils vivraient dans la paix et l'harmonie...

Sérieusement ? Pourtant l'éducation est souvent  une propagande. Même dans notre beau pays, le pays des droits de l'homme, on nous enseigne jusqu'à l'université, jusqu'en master de développement humanitaire, qu'on a le droit de manipuler les honnêtes gens pour leur soutirer de l'argent, sous prétexte que nous, on est "les gentils". On nous vend des concepts de liberté qui ne font qu'encourager la consommation et l'addiction. Nous, les gens éduqués, manquons cruellement de sagesse, et utilisons notre éducation pour asservir les autres et assouvir nos désirs.

D'ailleurs, à défaut de nous rendre intéressés et pleins de compassion pour les gens d'autres horizons, on nous inonde d'un concept de tolérance - autrement dit on interdit le dialogue, puisqu'on ne peut plus affirmer que l'autre a tort - afin d'éviter tout conflit (et surtout de nous empêcher de réfléchir de manière critique).

Mais c'est ridicule. Quand il y a une situation injuste ou dangereuse, il faut faire quelque chose, même si cela implique de déclencher un conflit d'idées.  La tolérance, le respect, l'amour... interviennent dans la manière dont on va vivre et résoudre ce conflit, et rétablir la justice ou la paix. Cela concerne les personnes, non les idées.

Je crois que Jésus est Dieu, et donc forcément, je crois aussi que toute vision du monde qui n'affirme pas la même chose est dans l'erreur. Suis-je intolérant ? Oui, puisque je ne tolère pas l'injustice, ou le mensonge. Et toi, es-tu intolérant ?

3 février 2012

Just Do It

Nous ne voulons pas choisir - c'est ça notre problème. Nous repoussons tous nos choix parce que nous avons peur d'en assumer les conséquences, que nous croyons irréversibles. Ou alors, nous voulons tout, immédiatement, ce qui nous évite de choisir ou de supporter les conséquences de nos choix.

Une fille me disait récemment qu'elle avait l'impression de se retrouver devant un véritable supermarché des religions, et que du coup elle ne savait pas quoi choisir. C'est une expression qui revient souvent, et c'est une comparaison qui en dit long sur notre rapport à la vie.

La surabondance de choix nous paralyse, et nous frustre. Et si je fais le mauvais choix ? Ce sera de ma faute : parmi tous ceux offerts, il y en avait forcément un bon. Et si je fais le bon choix ? Je regretterai quand même les bons aspects des autres options, et en plus je me demanderai toujours si, au final, il n'y avait pas mieux...

Alors on attend de plus en plus longtemps avant de devoir faire des choix, il faut y aller lentement, avec prudence et douceur, pour ne pas nous brusquer. On a peur de se retrouver piégé. Les études, le boulot, le mariage... tout y passe ! Le problème n'est pas tant qu'on ne sait pas où on va, mais qu'on ne sait carrément plus aller où que ce soit.

D'où un conseil : Tentons ! Ce qui ne dispense pas de réfléchir avant, bien sûr, mais tentons, bon sang ! Ayons confiance en nous, parfois nous ferons des erreurs et nous nous en relèverons, parfois nous réussirons - mais arrêtons de nous comporter comme de vieux ados qui refusent de grandir.

C'est ce que j'ai fait avec le christianisme. Au début j'ai pensé faire un grand tableau croisé de toutes les religions du monde pour vraiment avec un recul objectif sur tout ça. Puis dans un grand moment de lucidité, je me suis rendu compte que ça me prendrait des années et que je n'aurai jamais la persévérance de le faire. Alors, plan B, j'ai essayé ! Après tout, ça n'allait pas me rendre instantanément stupide, et au pire, si je me rendais compte que ce n'était pas ce que je recherchais, rien ne m'empêcherait de revenir en arrière.

Et je me suis rendu compte que c'était vrai, cohérent, pertinent, profondément bon; Jésus a donné un sens à ma vie, et depuis je n'ai jamais autant réfléchi ni accompli de choses. Adieu la paralysie ! Just do it.

28 janvier 2012

La rage des fans de séries télé

Lost, Weeds, Dexter, Desperate Housewives... Chaque épisode, chaque saison, chaque série est un produit - il faut le vendre, alors on le rend désirable pour les consommateurs que nous sommes. Il faut fidéliser sa clientèle, la rendre accroc - et pour cela, on  recours à des cliff hangerssituations périlleuses laissées en suspens à la fin d'un(e) épisode/saison/série, à l'image du héros agrippant le rebord d'une falaise, pour susciter l'angoisse chez le spectateur et lui donner envie de savoir ce qu'il va se passer ensuite.

Les scénaristes de séries télé imaginent toujours plus loin, toujours plus fort, des situations inextricables, pour que la foule d'honnêtes voyeurs que nous sommes s'arrache les cheveux en cherchant à deviner comment les protagonistes vont bien pouvoir s'en tirer.

Ce que l'on remarque, dans toute cette agitation, c'est le désir des spectateurs : nous voudrions que toute l'intrigue soit pensée du début à la fin avant même que la série ne nous soit offerte, nous avons horreur que les scénaristes poussent les cliff hangers au point de virer dans l'absurde (en fait, c'était fifi, le caniche de la tante cunégonde, qui avait tout orchestré !) ou le cliché (et ensuite les extra-terrestres envahissent la planète) pour résoudre la situation.

Cependant, comme le confessent les scénaristes de Lost, Weeds, Dexter, et autres séries modernes, ce n'est pas le cas. Très souvent, les scénaristes imaginent la situation la plus extrême et désespérée possible pour les instants de fin, puis rentrent tranquillement chez eux, ou partent en vacances, et ne se soucient de la suite de l'histoire que lorsqu'ils se retrouvent de nouveau.

Et ça se sent. Et on n'aime pas du tout ça.

Pourtant, c'est exactement ce qu'on reproche aux religions : leur idée saugrenue d'une grande histoire de l'humanité prédéterminée du début à la fin - ce qu'on appelle communément le méta-récit.

A la télé, on veut une trame cohérente et réfléchie, mais dans nos vies on veut une fin ouverte et inconnue. 

Ce désir révèle un problème bien plus profond - typique à notre génération - mais j'y reviendrai dans mon prochain article.