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16 août 2013

La mauvaise foi de l'incroyant

Selon un sondage IFOP de 2011, moins de 20% des Français se déclarent chrétiens pratiquants.

J'aimerais réagir à ça en trois mots.

Chrestomathie : ce qu'il est utile d'apprendre (du grec chrestos, utile et manthein, apprendre). Les sondages d'opinion n'en font pas partie. Ils visent généralement à influencer l'opinion publique plutôt qu'à la mesurer : il est toujours intéressant de voir comment les questions sont posées (dans le sondage cité, on insiste sur l'aspect personnel du rattachement à une religion... typique d'un pays républicain-laïque). Mais peu importe combien de gens prétendent que quelque chose est vrai si ça ne l'est pas, ou comme disait Michel Colucci : "C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison".

Notre société est pleine de personnes endoctrinées, victimes de l'opinion communément admise et des idées reçues, des gens qui croient ce qu'on leur a appris à croire, c'est-à-dire que nos croyances chrétiennes sont fausses, voire dangereuses. Ce faisant ils ne se rendent pas compte qu'ils ont eux aussi des croyances, ni de ce que ces dernière présupposent... et ça, c'est dangereux.

C'est dangereux parce qu'ils agissent comme s'ils étaient une majorité objective et impartiale, et donc habilitée à juger, et à condamner, là où nous ne sommes généralement considérés que comme des superstitieux prisonniers de nos croyances.

Christomachie : lutte contre le Christ (de christos, christ et macheia, combat). Ne pas croire en Dieu n'est une position neutre que si Dieu n'existe pas : si Dieu existe, il n'y a pas de position neutre, il n'y a qu'acceptation ou rejet. L'athée jugera bien sûr de la neutralité de ses croyances sur la base de... ses croyances, et il se trouvera forcément justifié dans son raisonnement. Mais plus encore, si Dieu existe, le non-croyant a au moins deux bonnes raisons de vouloir continuer à nier son existence :

  1. D'abord parce qu'en reconnaissant que Dieu existe, le non-croyant reconnaît l'existence d'un critère absolu de jugement qui lui est extérieur. Autrement dit, il perd l'autonomie de son jugement, il ne peut plus décider uniquement par lui-même du vrai, du faux, du bien, du mal, du juste et de l'injuste, il doit s'en remettre à Dieu. Or quel roi voudrait abdiquer son trône ?
  1. Ensuite, parce qu'en reconnaissant que Dieu existe, le non-croyant reconnaîtrait donc avoir usurpé en partie la place de Dieu en tant que juge suprême pendant un grand nombre d'années, s'exposant par là même à une punition légitime. Or quel coupable voudrait s'exposer à des poursuites judiciaires ?

Critomancie : verdict religieux du juge (du grec krites, juge et manteia, oracle). Comment résoudre le débat si tout le monde juge d'après ses propres croyances, qui l'arbitrera et quel sera le verdict ultime ? Mais cette question suppose que le croyant se trouve dans une position similaire à celle du non-croyant : est-ce le cas ? Il a beaucoup à gagner à réaliser son erreur si c'en est une, et ce d'après les critères qu'il accepte déjà (car comme il est écrit dans la Bible, si Jésus n'est pas ressuscité, notre foi est vaine). D'un autre côté il a aussi à y perdre : toute la cohérence de sa vision du monde. Sa situation est donc plus équilibrée que celle de l'incroyant.

Quant à juger de ses propres croyances, pour le croyant ou l'incroyant, c'est possible, mais il existe une autre méthode que le raisonnement circulaire : à supposer que la cohérence soit un critère de vérité, on peut chercher à vérifier la cohérence de son système de croyances et de sa vision du monde. Cornelius Van Til, grand apologète de la tradition Réformée, prétendait que seul le système chrétien était parfaitement cohérent en soi... (et on verra ça bientôt).

21 juin 2013

La science irrationnelle, ou comment réfléchir


La science explique tout, ou elle expliquera tout, ou elle expliquera tout ce qu'on peut savoir. Les religions relèvent d'un autre domaine, celui de la foi, et c'est irrationnel.

Malgré quelques variantes, cette idée revient beaucoup. Et pourtant, ce qui me frappe, c'est qu'on dise que la religion est irrationnelle alors que la science moderne n'étudie les choses qu'à moitié, et enseigne au monde entier à faire de même - tout en réclamant le monopole de la rationalité.

Vois par toi-même : la science moderne prétend qu'on ne peut connaître une chose que par ce dont elle est composée (autrement dit en la disséquant) et ce qui la produit. Ainsi elle dira que tout est composé d'atomes, et que ces atomes viennent du Big-Bang - avec un peu de chance elle décrira même comment ça s'est fait - et elle pense avoir tout expliqué...

"Ce nouveau discours, qui se veut [la nouvelle norme culturelle] pour tout ce qui est réel et vrai, est devenu, par une espèce d'hypnose culturelle quasi universelle, le point de référence obligé de toutes les disciplines humaines."

- Jean-Marc Berthoud.

Pas étonnant que la plupart des gens ne sachent plus réfléchir, et qu'on n'arrive plus à appréhender les paradoxes de la réalité, comme la question du libre-arbitre par exemple. Mais même pour des questions plus simples, on a du mal à être satisfait par ce qui résume ces "lois naturelles", car la composition et l'origine n'expliquent que le fonctionnement, et le fonctionnement n'est pas tout.

On oublie deux questions importantes (sinon plus) : celles du but et de l'esprit. Dans quel but une chose a-t-elle été causée ? Et quel est son "esprit", ou son "âme", c'est-à-dire ce qui fait que ses atomes sont arrangés comme ils le sont ?

Cela complète la liste des questions qui visent à réellement expliquer les choses. Par exemple, si vous décrivez un être humain, il y a plus à dire que le nombre et le type d'atomes ou de cellules qui le composent, ou de retracer ses origines génétiques.

A moins de postuler qu'il n'a pas de but (et donc qu'il peut mourir sans que ça ait une quelconque importan e) ou qu'il est son propre but (et donc qu'il est l'égal du Big-Bang ou de Dieu), il faut bien s'intéresser à la question.

Même chose pour l'esprit : qu'est-ce qui fait que ce tas d'atome est vivant, et pas mort ? Qu'est-ce qui fait que c'est un humain et non un animal ? Il ne suffit pas de décrire ses caractéristiques physiques et de le situer dans un tableau (surtout quand on a soi-même décidé de la classification) pour répondre à la question.

Ces quatre questions (ou quatre causes, dont j'ai déjà parlé ici) ont été découvertes pendant l'Antiquité et ont de tout temps intéressé les hommes de science... jusqu'au 18e siècle, où les "Lumières" ont cru mieux savoir que toute l'humanité depuis son apparition, et en ont supprimé la moitié, laissant les générations suivantes dans une semi-obscurité digne de la caverne de Platon. Quel progrès !

La science n'a pas toutes les réponses, ni même toutes les réponses importantes - si elle le prétend, c'est parce qu'elle a interdit de poser les questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre, les questions qui ont mené et mènent encore la majeure partie de la population mondiale à ne pas même envisager l'athéisme.

7 janvier 2013

La Cause a ses raisons que la Raison ignore

En France, et en Occident de manière générale, on a un problème : on apprend à penser presque exclusivement de manière mécanique. Et du coup, quand on essaye de déterminer la cause d'une situation, on se retrouve devant tout un tas de contradictions apparentes, parce qu'on ne sait pas démêler les différents types de causes.

Par exemple, prenons François Hollande. Pourquoi est-il Président de la République Française ? Parce que les Français ont voté pour lui. Mais aussi parce qu'il a fait les démarches nécessaires pour être élu. Et parce qu'il le voulait. Et parce qu'il répondait aux exigences légales du poste. Et parce que la France est une république. Etc.

Alors, si le fait que François Hollande soit devenu Président est l'effet, quelle en est la cause ?

En fait, c'est une question incomplète. Il y a plusieurs types de causes, et il faut préciser. Sinon, on se retrouve avec des réponses tout aussi incomplètes. De la même manière, on a du mal à expliquer comment la liberté de l'homme et la souveraineté de Dieu fonctionnent sans s'opposer, alors qu'en fait c'est une question de causes.

Tout d'abord, une distinction entre cause première et causes secondes. Puisqu'on ne peut pas remonter à l'infini de cause en cause, il faut bien qu'il y en ait une qui soit à l'origine, et qui ne soit pas causée - la cause absolue, primordiale. La cause première, c'est celle qui est à l'origine de toutes les autres, qui sont donc des causes secondes. Dans le christianisme, la cause première, c'est le Dieu trinitaire.

Ensuite, on peut distinguer au moins 7 catégories de causes secondes, et pour simplifier je vais donner un exemple : Pourquoi Dieu sauve-t-il les humains ?

1. Cause efficace : parce qu'il l'a voulu.
2. Cause privative : parce que les humains n'auraient pas pu se sauver eux-mêmes.
3. Cause matérielle : parce qu'il s'est incarné en Jésus.
4. Cause formelle : parce qu'il a prêché l’Évangile.
5. Cause impulsive : pour libérer les humains de leur misère.
6. Cause finale : pour la gloire de Dieu.
7. Cause méritoire : parce qu'il est mort pour ça.

Ensuite il existe 3 classifications supplémentaires des causes, qui peuvent se superposer aux causes vues précédemment :

1. Cause libre ou cause accidentelle : autrement dit, cause intentionnelle ou cause non-intentionnelle. C'est ce qui fait la différence par exemple pour les médicaments entre un effet recherché et un effet secondaire.
2. Cause parente ou cause indirecte : Une cause parente est une cause directe : taper dans un ballon est la cause parente du mouvement du ballon. Mais si une cause entraine un effet qui à son tour devient la cause d'un deuxième effet, c'en est la cause indirecte. Par exemple, si le ballon renverse un pot de fleur qui se casse, taper dans le ballon est la cause indirecte du pot cassé - la cause directe, c'est la chute.
3. Cause propre : c'est le principe du cercle vicieux - une fois qu'un certain effet est produit, il devient la cause d'un effet similaire. Par exemple : quand on mange trop, notre estomac tend à s'étirer, et à force il grandit, ce qui fait qu'on aura encore faim même si on mange en quantité suffisante, parce qu'on n'aura pas rempli tout notre estomac. Ainsi, plus on mange, plus on a faim, et donc plus on mange.

Ainsi, on peut conjuguer plusieurs causes, humaines et divines, pour mieux comprendre des choses comme la liberté humaine, la souveraineté de Dieu, l'élection, la prédestination, l'alliance entre Dieu et l'humanité, etc. Je vous laisse faire l'effort de réflexion par vous-mêmes pour ces paradoxes maintenant plus accessibles...

31 décembre 2012

Tous mes faux raisonnements (ou presque)

Chaque lundi je te propose de t'alléger l'esprit d'un faux raisonnement, et voilà déjà 8 mois que dure ce régime. Je n'ai plus grand-chose à ajouter à ce sujet, mais attention : un régime équilibré n'a pas pour but d'être temporaire, c'est une habitude à prendre, un idéal à viser chaque jour par la pratique. Autrement dit, il faut y revenir quotidiennement.

Pour t'aider, voici un petit récapitulatif - incomplet malheureusement - de ce chemin parcouru ensemble (l'original en anglais ici). J'espère que ça te donnera envie de l'encadrer dans ton salon, ou de l'afficher sur la porte des toilettes, pour assainir les débats et les rendre plus productifs.



En prime, un petit poster qui pose les bases d'une discussion rationnelle.

24 décembre 2012

Faux syllogismes

Aussi appelés "sophismes", les faux syllogismes sont des raisonnements qui ne respectent pas les 4 règles de base de la logique déductive. Pour rappel, la déduction consiste toujours à passer de la règle générale à son application particulière de la manière suivante :

1. Si la catégorie A a la propriété B.
2. Et que C appartient à la catégorie A.
3. Alors C a la propriété B.

Voici les 2 sophismes qui sont les plus répandus :

- Désordre (1.3.2). Si la catégorie A a la propriété B, et que C n'a pas la propriété B, alors C n'appartient pas à la catégorie A. Sauf que la catégorie A n'a pas pour seule propriété B.

Ex : Si les mexicains ont tué Kennedy, alors ce sont des lâches. Mais il ne l'ont pas tué, donc ce ne sont pas des lâches.

Là c'est évident, mais si on prend un exemple plus courant, ça donne ça : Les gens religieux croient à des superstitions, mais toi tu n'es pas du genre à croire à des superstitions, alors tu ne peux pas être quelqu'un de religieux.

- Répétition (2.2.3). Si la propriété B appartient à la catégorie A, et que C appartient à la catégorie A, alors C a la propriété B. Sauf que la catégorie A n'a pas systématiquement la propriété B.

Ex : Si la personne qui a écrit Hamlet était un grand auteur, et que Molière est un grand auteur, alors il est la personne qui a écrit Hamlet.

Exemple plus courant : Si aller à l'église le dimanche est un truc de chrétiens, et que tu es chrétien, alors tu vas forcément à l'église tous les dimanches.

17 décembre 2012

Question complexe

Une forme voisine du faux raisonnement de question-piège est de poser une question qui implique une réponse complexe tout en exigeant une réponse simple et rapide. Bien sûr, on condamne l'interlocuteur s'il ne peut pas rapidement apporter de réponse simple.

Ex : Une amie chrétienne qui travaille comme serveuse se retrouve confrontée, au milieu de son service, à une question difficile, par une de ses collègues, non-chrétienne. "L'avortement, t'es pour ou contre ?". Cette amie a eu le bon sens de répondre que la question était complexe et méritait plus qu'une simple réponse à choix binaire. Si sa collègue avait condamné mon amie pour cette réponse, elle aurait commis le faux raisonnement de la question complexe.

Autrement dit, ce n'est pas parce qu'on nous présente un choix binaire qu'il faut l'accepter (et ça rejoint l'idée du faux raisonnement en noir et blanc).

10 décembre 2012

Exagération

L'exagération est un démon à mille visages : amplification, généralisation, caricature, dramatisation, victimisation, simplification, totalisation, etc. C'est un faux raisonnement qui étoffe les faits et l'environnement du raisonnement pour faire un raccourci jusqu'à la conclusion et ainsi éviter toute contestation.

Généralement exprimés sous la forme de vérités générales, sur un ton catégorique, et/ou comme un jugement péremptoire.

Ex : Avec toi, c'est toujours la même chose... peu importe ce qui vient après ça, la personne a déjà décidé que ce qu'elle vous reproche tombe dans la catégorie de ce qui a déjà été déclaré coupable chez vous, et fait donc l'économie du jugement, d'explications, bref, d'un procès équitable.

3 décembre 2012

L'absence de preuve

Comme on dit, l'absence de preuve n'est pas une preuve de l'absence. Mais il ne suffit pas de dire ça, car ce serait interdire tout esprit critique au nom d'une pseudo-liberté de croyance (qui ne serait qu'un caprice de l'imagination).

Par exemple, rien ne prouve que les licornes ne sont pas invisibles et intangibles - ce qui expliquerait pourquoi on n'a aucune preuve de leur existence. Mais il s'agit là d'une pure invention destinée à justifier un fantasme - on doit se poser la question : d'où vient l'explication ? Autrement dit, d'où viennent les bonnes raisons qui nous poussent à croire malgré l'absence manifeste de preuves ?

Pour prendre l'exemple qui nous intéresse ici, l'absence apparente de preuve de l'existence et de l'action de Dieu dans l'Histoire de l'humanité ainsi que dans la vie quotidienne ne constitue pas une preuve de son inexistence ou de son inaction. D'où en vient l'explication ? Du texte biblique, qui est une source historique fiable. Mais en plus de dire que Dieu est esprit (ce qui explique qu'on ne peut le percevoir comme on perçoit le reste du monde) et qu'il se cache (parce que sinon on mourrait à son contact), le texte biblique témoigne aussi de l'action de Dieu dans l'Histoire de l'humanité - et constitue alors une preuve. Mais on ne s'accordera pas sur ce point sans approfondir le débat.

Cela, pour deux raisons simples :

- D'une part, nous avons vu qu'il faut s'accorder sur ce qu'est une preuve,

- D'autre part, il se peut que le problème ne soit pas l'absence de preuve mais la diversité de nos interprétations de ces preuves, selon nos présupposés, et qui nous font penser que la bible prouve effectivement quelque chose, mais que ça n'a rien à voir avec Dieu.

Et ça, ça ne peut pas se faire ici, malheureusement. Seulement face à face arrivera-t-on à quoi que ce soit, car même si ma logique était parfaite, il faut plus que la logique pour convaincre les gens. Il faut du temps, il faut qu'ils voient la passion de l'orateur pour son sujet, il faut qu'il soit un témoignage vivant de son message. Il faut avoir de l'estime pour l'autre et une confiance personnelle, et il faut du temps. Alors je vous invite, chrétiens et non-chrétiens, à vous fréquenter et à dialoguer de tout ça, parce qu'au final, l'un de nos deux bords vit dans un mensonge, une illusion, et il faudra de l'aide pour en sortir.

26 novembre 2012

Le juste milieu

Lundi ? Vrai. Raisonnement ? Faux. Il est temps de changer...

Le raisonnement du juste milieu consiste à penser qu'un compromis, un "juste milieu" entre deux extrêmes est la vérité. Parfois, la vérité est effectivement au juste milieu, mais ce n'est pas systématique : un "juste milieu" entre le vrai et le faux reste faux.

En outre, il y a souvent plusieurs manières de tracer une ligne entre deux points de vue, et donc plusieurs "milieux".

Exemple :

A - Il y avait 3000 manifestants selon la police.
B - Oui, mais d'après les syndicats, il y en avait 5000.
A - Les deux exagèrent toujours. Il y en avait surement 4000.

En réalité, il y en avait peut-être 3000, peut-être moins, peut-être 5000, peut-être plus, on ne peut pas savoir à partir de ça. Au mieux, si on se fie à la fourchette évoquée, on peux supposer de bonnes raisons qu'il y en avait entre 3000 et 5000.

19 novembre 2012

Origine contrôlée

Faux raisonnement du matin, chagrin... vidangez-vous l'esprit ce lundi en le purgeant un bon coup !

Le principe de l'origine contrôlée, c'est d'évaluer la validité d'un argument en fonction de son origine. On fait ainsi appel aux préjugés qu'ont les gens. Similaire à l'attaque personnelle, ce faux raisonnement vise la source ou le contexte de l'affirmation.

Exemple :

A - Les homosexuels sont tout-à-faits capables d'aimer des enfants comme leurs propre parents. 
B - Bien sûr. Mais les psychologues sont formels : pour le bon développement de l'enfant, il lui faut un père et une mère, un parent qui lui permet de se comprendre par similarité, et un parent par lequel il se comprend par différence.
A - Les psychologues qui disent ça sont chrétiens ! Ils sont forcément biaisés. Il y en a d'autres qui disent le contraire, que c'est pas important.
B - Et ceux-là sont homosexuels.

En plus d'être réducteur, ce raisonnement ne mène nulle part.

12 novembre 2012

Prétention de neutralité

Il arrive souvent que dans un débat, on se retrouve en face d'une personne qui prétende être un observateur neutre et objectif et nous reproche notre propre subjectivité. Autrement dit, on ne ferait que chercher à se justifier, motivé par une angoisse personnelle, tandis que son discours à lui se fonderait sur la raison, les faits et la logique.

Il faut rejeter ce faux raisonnement. D'une part personne n'est entièrement neutre et objectif, d'autre part, l'objectivité de l'observateur extérieur et neutre est un mythe : un observateur extérieur et neutre ne pourra jamais comprendre l'amour, ni en parler avec justesse (c'est un exemple, il n'est pas forcément nécessaire de faire l'expérience d'une chose pour en juger, pas besoin d'être un violeur pour savoir que c'est mal de violer).

Exemple : On entend souvent cette doctrine “Il faut traiter toute affirmation comme une hypothèse à tester en fonction des faits – cohérence logique et observation empirique”. Le but recherché est manifestement d'éviter l'argument circulaire ou la fausse question. Mais cela implique que le seul moyen fiable de déterminer la validité et la vérité d'une affirmation est de l'analyser d'un point de vue logique, rationnel et factuel. Or, si on applique ce principe à cette dernière affirmation, comment le maintenir ?

Autrement dit, comment prouver que le seul moyen fiable de déterminer la validité et la vérité d'une affirmation est de l'analyser d'un point de vue logique, rationnel et factuel ? Si on le fait logiquement, rationnellement, de manière factuelle, on tombe dans le raisonnement circulaire. Si on le fait d'une autre manière, on réfute l'affirmation elle-même.

Il ne s'agit pas de rejeter la logique, la raison, ou les faits – simplement, une telle position n'est pas prouvable, c'est quelque chose qui précède la réflexion ou l'argumentation même, c'est un élément de notre vision du monde... c'est ce qu'on appelle un présupposé.

Ici, ce présupposé rejette toute possibilité d'explication surnaturelle, même si elle est appuyée par des indices factuels. Il est donc interdit de prouver l'existence surnaturelle de Dieu par des explications surnaturelles... autrement dit, il est impossible de prouver l'existence de Dieu. Le chrétien aura un présupposé opposé, et on ne peut pas lui interdire dans le débat sous prétexte qu'on préfère son propre présupposé, ce serait malhonnête.

Pour clarifier : un présupposé, c'est une conviction profonde sur la réalité, l'homme, la vérité, le monde, la connaissance, etc. et c'est à partir de ces convictions qu'on perçoit, analyse et organise toute nos expériences humaines.

5 novembre 2012

Fausse question !

Trois personnes prennent une chambre dans un hôtel. A l'accueil, on leur dit que le prix pour la nuit est de 30€. Le calcul est simple, chaque personne paye 10€. Ils montent ensuite dans leur chambre. Puis la réceptionniste se rappelle qu'il y a une promotion spéciale cette semaine : la chambre n'était qu'à 25€. Elle charge donc le garçon de chambre de rapporter 5€ aux trois hommes. En chemin, il se demande comment diviser 5€ en trois, et décide finalement de se prendre un pourboire de 2€, facilitant la division du reste entre les 3 clients. Quand il leur remet l'argent, chacun récupère donc 1€.

La question est la suivante : au final, chacun a payé 9€, soit 27€ à trois. Si on ajoute les 2€ pris par le garçon de chambre, on arrive à 29€. Et pourtant ils ont payé 30€ à l'origine. Où est passé l'euro restant ?

La solution est simple : il n'y a pas d'euro restant. Les 2€ du garçon de chambre ne sont pas à ajouter aux 27€ payés par les clients, mais à retirer, ce qui amène à 25€, le prix de la chambre.

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Ce raisonnement est ici le bon. Mais on utilise ce même raisonnement à tort pour éviter de répondre à une question dérangeante. Autour d'un repas avec des amis et notamment JR, qui est d'une logique implacable, nous discutions de la justice. Et un ami de dire à JR : “C'est quoi la justice ?”, puis, alors que ce dernier commence à répondre, il l'interrompt pour dire : “Chacun a sa notion du bien et du mal, et au final, il n'y a pas de justice en soi.”

Autrement dit, on ne peut pas demander à quelqu'un de définir quelque chose pour tout de suite revenir sur l'existence même de cette chose (à moins que, a terme et après examen, la définition donnée soit absurde), parce qu'on déplace la question et on empêche l'autre d'argumenter. C'est déstabilisant, frustrant, et manipulateur (qu'on s'en rende compte ou non). Bref, mieux vaut commencer par dire qu'il n'y a pas de justice, suite à quoi, au vu d'un désaccord, on peut chercher à atteindre une idée commune de justice, et s'accorder sur son existence ou inexistence.

29 octobre 2012

Du lait dans le frigo

On imagine que pour déterminer si une chose existe il faut se fonder sur des faits, qu'on peut répondre à toutes les questions qui concernent l'existence ou la non-existence de cette manière. Mais, en plus d'être simpliste, c'est faux.

L'existence, le caractère factuel, la réalité de différentes choses n'est pas toujours établie ou réfutée de la même manière.

On peut se demander “Est-ce qu'il y a du lait dans le frigo ?” et on saurait comment répondre à cette question. Mais on ne procèderait pas du tout de la même manière pour déterminer l'existence de la pression barométrique, d'un quasar, de la force de gravité, de l'élasticité, de la radioactivité, d'une loi naturelle, ou encore d'un nom, de la grammaire, d'un nombre, et même de la ville dans laquelle on habite, d'événements passés, de possibilités à venir, des lois de la logique, d'obligations politiques, de l'identité individuelle dans le temps, du principe de cause à effet, des souvenirs, des rêves, voire de l'amour ou de la beauté...

Il y a des milliers de choses dont on peut chercher à déterminer l'existence factuelle, et on ne procèdera pas pour toutes de la même manière.

Il suffit pour ça de voir les différences de méthodologie argumentative et des types de preuves utilisées par les biologistes, les grammairiens, les physiciens, les mathématiciens, les avocats, les journalistes, les mécaniciens, les marchands, ou les artistes. Le domaine en question servira à chaque fois de cadre, et c'est selon ce cadre qu'on déterminera la manière de répondre à la question.

Ex : L'existence de Dieu. C'est une question qui concerne une entité métaphysique, et on ne peut pas savoir si Dieu existe comme on peut savoir s'il y a du lait dans le frigo. Il faut réfléchir un peu, et c'est justement tout ce que propose ce blog. 

Les semaines à venir, nous allons nous y intéresser plus spécifiquement.

10 octobre 2012

L'Ambiguïté

Et Dieu dit : "Que le lundi soit". Et le lundi fut. Il y eut un soir, il y eut un matin. L'auteur avait beaucoup à faire, et attendit le mercredi pour publier son article... Avec mes excuses, voici le retour de la série sur les faux raisonnements.

On peut toujours s'en sortir. Et plutôt que de chercher du contenu, autant s'en prendre au contenant : jouer sur les ambiguïtés de langage, les quiproquos, utiliser les différents sens d'un mot ou d'une expression, pour manipuler la vérité.

A - Je t'avais demandé de sortir les poubelles.
B - Oui, je l'ai fait.
A - Et celle de la salle de bain ?
B - T'avais pas précisé lesquelles. "Les poubelles", c'est un terme générique...

C'est généralement facile à repérer, on appelle aussi ça de la mauvaise foi. Et, accessoirement, ça permet de s'en sortir quand on voit qu'on s'est planté : en insistant pour ne pas avoir tort en disant que, techniquement, on a raison.

1 octobre 2012

L'incrédulité personnelle

Comme chaque lundi, tordons le cou aux faux raisonnements qui parasitent notre esprit. Aujourd'hui, nous parlerons de l'incrédulité personnelle.

On se trompe en concluant que quelque chose est faux simplement parce qu'on a du mal à le croire ou à le comprendre. 

Ce faux raisonnement repose sur la supposition que la vérité est toujours simple. Or, il est évident que ce n'est pas le cas. Bien sûr, ceux qui utilisent cet argument sont conscient de l'incohérence de cette position, et ils ne diront pas que la vérité est forcément simple, mais plutôt que parmi plusieurs explications, la plus simple doit être la bonne.

D'un côté, ils n'auraient pas tout-à-fait tort. Dans les cas d'enquêtes, les scénarios les plus évidents sont, la plupart du temps, les bons (autrement dit, on voit par expérience que le premier suspect qui nous vient à l'esprit est très probablement le coupable). De la même manière, c'est un principe de base de la science : quand on doit choisir parmi plusieurs explications possibles, on choisit par défaut la plus simple.

D'un autre côté, ces deux exemples reposent sur autre chose que la simplicité naturelle des choses :

- dans le premier cas, cela montre que les logiques qui poussent au crime ne sont pas des plus complexes (et là il s'agit spécifiquement de la simplicité de pensée de l'être humain, qui est justement en cause dans ce faux raisonnement);

- dans le deuxième cas c'est une démarche méthodologique pour s'assurer de la vérité des éléments de la théorie par leur caractère nécessaire. Par définition, on peut douter de l'implication d'un élément non-nécessaire, mais pas de celle d'un élément nécessaire.

Voici le bon raisonnement : l'explication la plus simple n'est pas forcément la bonne, et si je ne comprends pas quelque chose, ça ne veut pas dire que ce n'est pas vrai, valide, ou que ça n'existe pas. Cependant, par expérience et par méthodologie, on peut privilégier la plus simple a priori.

24 septembre 2012

Tu quoque

"Avant donc que d'écrire, apprenez à penser" - Nicolas Boileau.

Ainsi donc, ce lundi matin, apprenons à éviter le faux raisonnement intitulé "Tu quoque" - littéralement "toi aussi".

Il s'agit d'éviter une critique en la retournant contre l'interlocuteur, ce qui permet de gagner l'avantage dans le débat en passant de la défensive à l'offensive. Autrement dit, la meilleure défense, c'est l'attaque. Mais si c'est efficace d'un point de vue rhétorique, c'est déloyal d'un point de vue logique, parce qu'au final on ne répond pas à la critique. Exemple :

A - Tu dis que t'es chrétien, mais tu donnes pas un rond aux mendiants.
B - C'est pas toi qui va me donner des leçons de charité.

C'est toujours horripilant de se voir reprocher quelque chose par quelqu'un qui n'a aucune leçon à donner en la matière, et on trouve probablement ça naturel de leur retourner leur critique directement dans la face... mais, en réalité, si leur critique est justifiée - si, pour reprendre l'exemple, on ne donne effectivement pas d'argents aux mendiants - alors il faut y répondre honnêtement, c'est-à-dire le reconnaître. Exemple :

A - Tu dis que t'es chrétien, mais tu donnes pas un rond aux mendiants.
B - Oui, c'est vrai. Pourquoi tu penses qu'un chrétien doit forcément donner aux mendiants ?
A - Et la charité chrétienne ?
B - La charité chrétienne, ça veut pas dire donner son fric à qui t'en demande. C'est gérer les ressources que Dieu te donne pour aider les gens, et c'est ce que je fais. Et donner de l'argent aux mendiants que je croise, c'est pas forcément les aider...

En plus d'être une réponse adéquate à la critique formulée, ça permet qu'un conflit démarre par une volonté de résoudre la situation plutôt que par des accusations.

17 septembre 2012

La charge de la preuve

Lundi, jour nommé en l'honneur de l'astre lunaire, et pourtant il faut garder les pieds sur terre...

Une grande règle de débat, souvent enfreinte malheureusement, c'est que quand on affirme quelque chose, c'est à nous de prouver que c'est vrai, et non à l'adversaire de prouver que c'est faux (ce qui impliquerait que s'il ne le peut pas, alors on a raison).

Par exemple, si je veux convaincre quelqu'un que Dieu existe, c'est à moi de lui prouver que je dis vrai.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le seul moyen d'être sûr que quelque chose est vrai, c'est de prouver que c'est vrai. Ne pas arriver à prouver que c'est faux peut vouloir dire que c'est vrai, mais ça peut aussi vouloir dire qu'on est trop limité pour y arriver, ou qu'une troisième solution est possible.

Un autre exemple, plus complexe : pour prouver que la thèse Créationniste est vrai, il ne suffit pas de prouver qu'il existe des problèmes sans réponse dans la théorie de l’Évolution. Et inversement. Et même, pour prouver que le Créationnisme est faux, il ne suffit pas de prouver que l’Évolutionnisme se tient. Cela, parce que chacune de ces constructions théoriques évolue au fur et à mesure que la recherche avance, et les deux pourraient fusionner en une seule, ou bien laisser la place à une troisième théorie, totalement nouvelle (même si c'est relativement improbable).

10 septembre 2012

Le purisme

D'un lundi à l'autre, on gagne, on perd : c'est la vie ! Autant perdre des choses sans valeur, et en gagner qui nous enrichissent. C'est pourquoi aujourd'hui je te propose de perdre un faux raisonnement : le purisme.

Ce faux raisonnement fait prétexter qu'une idée ou une pratique est impure afin de rejeter une critique pertinente ou dissimuler une faiblesse dans l'argumentation.

L'expression caractéristique de ce faux raisonnement, c'est "pas un vrai" :

A - Les chrétiens sont hypocrites.
B - Mais non, les gens qui sont hypocrites ne sont pas de vrais chrétiens.

On redéfinit le "vrai" et "bon" exemple à partir de l'exception, pour esquiver automatiquement le contre-argument présenté. Autrement dit, si l'exemple est sujet à une quelconque critique, alors ce n'est pas un bon exemple.

Attention, ici il faut se méfier de la méthode (redéfinir pour exclure la critique), mais pas de la fin (arriver à une définition juste). On peut remettre en question la définition des termes, en fait, tout bon débat commence par une définition claire des termes. Le dialogue précédent pourrait donc donner ceci :

A - Les chrétiens sont hypocrites.
B - C'est quoi, un chrétien ?
A - Ben, c'est quelqu'un qui croit en Dieu, et tout.
B - Et quelqu'un qui croit en Dieu - le même Dieu qui a donné les 10 commandements, et qui jugera la terre entière - quelqu'un qui croit en ce Dieu, serait hypocrite sans problème ?
A - Ben, non. Mais c'est incohérent, c'est ça que je veux dire.
B - Ah, ok. Je suis d'accord avec toi. Ils sont incohérents. En même temps, tout le monde est incohérent : mes parents, nos profs, nos collègues, ça m'arrive de l'être, et toi aussi. C'est un effet de ce qu'on appelle le péché, dans la Bible. Être chrétien ne rend pas instantanément cohérent, mais ça implique de reconnaître et de lutter tous les jours contre notre tendance naturelle à l'incohérence. Et pour ça on a besoin de quelqu'un qui ne l'est pas. Ce quelqu'un, c'est Jésus, et c'est pour ça que je suis chrétien.

3 septembre 2012

L'amalgame ciblé

Rien de tel qu'un début de semaine pour en finir avec les faux raisonnements !

Aujourd'hui, nous verrons l'amalgame ciblé, que les anglais appellent le "Texas sharpshooter", et qui consiste à voir un lien entre des faits ou des données quand il n'y en a pas.

Mais pour mieux comprendre comment on peut se tromper de cette manière, voici à quoi fait référence l'appellation anglaise : il s'agit d'une blague dans laquelle un Texan aurait tiré sur le mur d'une grange pour ensuite peindre des cercles concentriques rouges et blancs autour du trou, comme une cible, et faire croire qu'il avait mis dans le mille.

Un exemple évident, et absurde, est celui du mouchoir anti-girafe. C'est comme un mouchoir normal, sauf qu'il éloigne les girafes. Et depuis que j'en ai mis un chez moi, en Sologne, je n'ai pas vu une seule girafe ! C'est bougrement efficace.

Plus sérieusement (ou presque), on peut par exemple utiliser une méthode (un algorithme, des mots-clefs, etc.) pour montrer que la Bible, le Coran, ou les œuvres de William Shakespeare contiennent un code secret qui révèle... la date de la fin du monde ? la localisation du tombeau de Jésus ? les chiffres du Loto ? Peu importe, mais en tous cas, personne ne s'en est rendu compte jusqu'ici, alors ça vaut le coup d'écrire un livre là-dessus (voire de créer un mouvement). Seulement, cette méthode ne marche pas pour tous les passages, et on évitera bien sûr de considérer les passages qui ne rentrent pas dans le système.

En pratique, ça donne par exemple les soubassements de la théologie du mouvement David et Jonathan, dont les meneurs cherchent des éléments en faveur de l'homosexualité dans la Bible. En plus de contextualiser à tort et à outrance les passages bibliques qui parlent de l'homosexualité et d’interpréter des silences, ils prétendent détecter des codes et des symboles homosexuels dans les textes bibliques, comme dans les vieux films hollywoodiens (notamment dans les westerns). De là, ils trouvent ce qu'ils veulent trouver dans le texte biblique, et déduisent que le roi David et son beau-frère Jonathan étaient un couple d'homosexuels, et donc, que l'homosexualité est acceptable devant Dieu.

27 août 2012

Le plaidoyer émotionnel

Un lundi de plus, un faux raisonnement de moins !

Le plaidoyer émotionnel consiste à argumenter en cherchant à susciter l'émotion plutôt que la réflexion : peur, jalousie, haine, fierté, etc.

Un argument valide peut contenir une dimension émotionnelle (les récents discours électoraux de Jean-Luc Mélenchon et Marine LePen en sont de bons exemples), mais attention : il ne faut pas que l'émotion remplace totalement la logique.