3 août 2012

Le scientifique : un croyant comme un autre ?

Le discours scientifique se veut objectif et neutre, et se positionne ainsi au-dessus de tous les autres discours, prétendant servir de référence pour les évaluer - et notamment pour qualifier le discours théologique d'irrationnel. Cependant, tout discours procède d'engagements et de croyances qui sont religieux par nature. Aucun discours "scientifique" (science naturelle ou science sociale) ne peut simplement exposer les faits réels auxquels la théologie doit se soumettre; en fait, tout discours est, d'une certaine manière, religieux.

Qu'on soit naturaliste, athée, bouddhiste ou chrétien, on voit le monde à travers une grille d'interprétation, et la structure cette grille d'interprétation est religieuse par nature, même si elle n'est pas liée à une institution religieuse particulière. La vision du monde de chaque personne ou groupe de personnes, de chaque discipline, est donc toujours religieuse, même celle de la science moderne.

Peut-on en douter ? Quand elle doit se légitimer auprès des masses, la science moderne ne peut faire autrement que d'en appeler non pas à la science elle-même (par des faits et des propositions), mais à un récit épique - car quoi de plus épique que l'Origine des Espèces, la Théorie du Big Bang, ou la Lutte des Classes ? Toute vision du monde s'établit à partir d'une épopée, que ce soit le récit biblique, marxiste, ou scientifique.

Ce retour au mythe fondateur est inévitable. Et alors même que les scientifiques dénigrent les "fables" religieuses, ils sont pourtant les premiers à tenter de médiatiser une épopée historique de l'univers et de l'humain. Les belles images des reconstitutions télévisées en témoignent, et c'est cela qui gagne l'assentiment les masses bien plus que la probité de la science moderne (que je ne remets pas en question), parce que c'est en s'inscrivant dans ces récits qu'on comprend notre expérience et le monde qui nous entoure - ils nous communiquent une identité, des valeurs, un sens.

Un scientifique n'est pas purement un savant; un scientifique, comme tout être humain, est un croyant.

30 juillet 2012

L'argument d'autorité

Vidons-nous la tête - mais seulement de ce qui est futile ! Quel meilleur moment qu'en début de semaine pour faire le ménage dans nos raisonnements ?

Aujourd'hui, nous verrons qu'encore trop souvent, nous utilisons, au lieu d'un argument, l'opinion d'une personne qui fait figure d'autorité.

Bien sûr, les experts sont souvent mieux informés et ont, normalement, une meilleure compréhension des choses, mais en soit, ça ne veut absolument pas dire qu'ils ont raison (d'ailleurs, à expert, expert ennemi : on peut citer un autre expert qui a un avis différent).

Alors il faut se méfier de qui on cite, et de ce qu'on cite. Puisqu'il est plus simple de raisonner en clichés, on cite à tort et à travers, attribuant sans raison une autorité suprême à des gens qui ne la méritent pas, ou en tirant leurs citations hors de son contexte général.

Typiquement : Einstein. Sa (fausse) citation sur les abeilles, ou sa croyance en Dieu (mais lequel ?), sont de bons exemples.

En d'autres termes : vérifions nos sources ! En particulier, ne nous contentons pas d'une simple recherche sur Google. D'ailleurs, comme le disait Abraham Lincoln : "Le problème avec les citations sur Internet, c'est qu'elles sont rarement authentiques".

23 juillet 2012

L'argument circulaire... faut-il en avoir peur ?

La semaine recommence, et c'est le moment de vérifier qu'on réfléchit correctement : vidons nos greniers cérébraux de ces faux raisonnements qui y trainent depuis trop longtemps !

Aujourd'hui, c'est particulier. La charte de la logique indique que les raisonnements circulaires sont à bannir de nos réflexions. Mais le peut-on vraiment ?

Un raisonnement circulaire, c'est un raisonnement qui contient sa conclusion dans son énoncé de base. Par exemple : Je ne mens jamais, et la preuve, c'est que je le dis. Dans l'énoncé "Je ne mens jamais...", on présuppose déjà qu'on dit la vérité. Plus explicitement exprimé, cela donne : Si je suis honnête, alors je suis honnête. Aucun intérêt, et surtout, ça ne convainc personne.

Seulement... on commence tous par là. Tout système de croyance, de réflexion, de raisonnement, est fondé sur un raisonnement circulaire, un postulat. On ne s'en rend généralement pas compte parce qu'on ne creuse pas si loin, mais on serait bien en mal de justifier entièrement tout ce qu'on croit en remontant jusqu'à l'origine.

Et si vous n'êtes pas d'accord, prouvez-moi par A+B que vous avez un libre arbitre. Ou que vous existez, tout simplement.

Alors, disons qu'il faut se méfier des raisonnements circulaires. Il faut les évaluer avec deux questions :

1. Sont-ils cohérents en interne ? Autrement dit, contiennent-ils ou non des contradictions logiques ?
2. Sont-ils cohérents en externe ? Autrement dit, correspondent-ils à la réalité ?

Et au cas où ils ne seraient apparemment pas cohérents avec la réalité, il faut aller plus loin et se demander s'ils expliquent leurs incohérences avec la réalité. Par exemple, beaucoup de gens rejettent le christianisme à cause du mauvais exemple des chrétiens. Autrement dit, le christianisme serait faux puisque les chrétiens ne correspondent pas, dans la réalité, à l'exemple de Jésus.

C'est compréhensible, mais c'est un raisonnement invalide, puisque selon Jésus-Christ, l'homme aime profondément le mal et le fait de devenir chrétien ne le libère pas instantanément et complètement de cette perversion - d'où sa tendance, même une fois converti, à se comporter mal. Ainsi l'enseignement de Jésus correspond à la réalité : les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, mais ils doivent le reconnaître et se pardonner leurs fautes les uns aux autres.

Allez, bon lundi !


20 juillet 2012

Pour une pensée logique, mais pas trop

Il y a trois éléments à considérer quand on réfléchit :

1. Notre manière de penser.
2. Sur quoi repose notre manière de penser.
3. Sur quoi repose notre point de départ.

Ces éléments font appel à trois principes : la logique, l'autorité, et la vérité.

Prenons l'exemple du raisonnement logique le plus connu, exprimé de la manière la plus brute :

Tous les hommes sont mortels.
Socrate est un homme.
Socrate est mortel.

Ce qu'on lit généralement, c'est :

Tous les hommes sont mortels,
Or Socrate est un homme, 
Donc Socrate est mortel.

Mais c'est aller trop vite. Car si tous les hommes ne sont pas mortels, alors on ne peut plus en déduire que Socrate est forcément mortel. Autrement dit, si la première proposition est fausse, ou la deuxième d'ailleurs, le raisonnement reste valide en théorie, mais il n'est plus bon. On devrait donc lire :

Si tous les hommes sont mortels
Et que Socrate est un homme,
Alors Socrate est mortel.

Est-ce que je ne suis pas en train de couper les cheveux en quatre ? Et où est-ce que je veux en venir avec tout ça ? Tout simplement à ce que j'ai dit au début : au-delà du principe de logique (la manière  de penser, la forme du raisonnement), il faut s'intéresser aux principes d'autorité et de vérité pour prétendre suivre un bon raisonnement.

La vérité : c'est ce qui fonde tout bon raisonnement. Il ne suffit pas de vouloir penser de manière logique, parce que la logique ne se justifie pas elle-même. La logique est un moyen parmi d'autres pour arriver à la connaissance, et pour la communiquer. Mais elle n'est que ça, un moyen, un outil, une machine sans âme ni humeur, qui ne produit ce qu'on attend d'elle que si on y injecte ce dont elle a besoin. Et elle a besoin de vérité pour donner de la vérité. Mais où trouver ce carburant nécessaire à la machine logique ?

L'autorité : c'est la source de vérité. Ce qu'elle dit fait autorité - ce n'est pas le fait que nous croyons que c'est une source de vérité qui fait autorité, mais nous croyons tous que ce que nous reconnaissons comme source de vérité fait autorité (la nuance est importante). Que l'on soit d'accord avec ou non (et il ne s'agit pas de goûts personnels ou de préférences), nous sommes contraints de nous y soumettre. Que chacun évalue la sienne, mais que l'on ne s'y trompe pas : la logique, la raison, la science, etc., sont des outils, et non des sources ! Ils ne peuvent pas faire autorité, ils ne font que confirmer ou infirmer l'autorité d'une supposée vérité.

Ainsi la question à se poser quand on prétend raisonner de manière logique, ce n'est pas seulement de savoir si son raisonnement est valide, mais s'il est vrai, et d'où vient cette vérité.